Faillites d’entreprises : la France s’installe dans un cycle de défaillances durablement élevé

L’espoir d’un retour à la normale s’est dissipé. En 2025, la France a enregistré un nouveau sommet historique de défaillances d’entreprises, avec 68 500 procédures recensées. Un niveau inédit, qui confirme que la sortie de crise post-Covid ne s’est pas traduite par l’accalmie attendue dans le tissu économique.

Selon les chiffres publiés par Allianz Trade, ce volume représente une hausse de 3,4 % par rapport à 2024, année déjà marquée par un niveau particulièrement élevé. Plus frappant encore, le nombre de faillites dépasse de 23 % la moyenne observée avant la pandémie.

Un constat qui tranche avec les prévisions formulées en début d’année. Après trois exercices de rattrapage des défaillances artificiellement évitées durant la crise sanitaire grâce aux dispositifs publics de soutien, nombre d’analystes misaient sur une stabilisation progressive. La dynamique observée en 2025 montre au contraire que la fragilité des entreprises s’est enracinée.

Une crise diffuse, dans un environnement économique dégradé

La France n’est pas un cas isolé. À l’échelle mondiale, les défaillances ont progressé de 6 %, illustrant un climat économique international toujours tendu. Mais le contexte national, marqué par une instabilité politique persistante et des perspectives de croissance atones, a amplifié les difficultés de nombreuses entreprises.

Dans l’Hexagone, la hausse des procédures concerne presque tous les secteurs. Certains enregistrent toutefois des envolées particulièrement spectaculaires par rapport à leur trajectoire historique.

Le transport et l’entreposage figurent en tête des secteurs les plus touchés, avec un niveau de défaillances supérieur de 61 % à la moyenne observée entre 2010 et 2019. L’information et la communication subissent également une forte dégradation, avec une progression de 42 %. Le commerce automobile (+ 40 %) et l’hôtellerie-restauration (+ 34 %) complètent ce tableau sombre.

Derrière ces chiffres, plusieurs facteurs se combinent : hausse durable des coûts de l’énergie et des matières premières, ralentissement de la demande, tensions sur les marges, mais aussi conditions de financement nettement plus restrictives qu’au cours de la décennie précédente.

Des grandes entreprises désormais concernées

Si les très petites entreprises restent traditionnellement les plus exposées, l’année 2025 marque une rupture par l’ampleur des difficultés rencontrées par des structures de taille bien plus significative.

Les défaillances de groupes affichant plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires ont progressé de 40 % au-delà de leur moyenne observée sur la période 2006-2024. Un signal jugé particulièrement préoccupant par les acteurs du financement et de l’assurance-crédit, car ces faillites entraînent des effets de chaîne sur l’ensemble des sous-traitants et des fournisseurs.

Cette montée en gamme des entreprises concernées se reflète également dans les chiffres sociaux. L’Association pour la gestion du régime de garantie des créances salariales, qui intervient pour assurer le paiement des salaires en cas de défaillance d’un employeur, a accompagné environ 250 000 salariés en 2025. Le montant total des avances a dépassé 2,2 milliards d’euros, en progression de 5 % sur un an.

Pour les professionnels du retournement et du restructuring, cette évolution traduit une fragilisation plus structurelle du tissu productif, y compris dans des groupes jusqu’ici considérés comme solides.

Vers un « plateau haut » en 2026

Pour Maxime Lemerle, responsable des études défaillances chez Allianz Trade, les perspectives restent peu favorables à court terme. L’année 2026 s’annonce, selon lui, encore marquée par de multiples vents contraires.

La combinaison d’une croissance jugée insuffisante, d’une instabilité politique et fiscale persistante, de conditions de crédit durcies, mais aussi de tensions géopolitiques et commerciales, continue de peser directement sur la trésorerie des entreprises. La réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, encore inachevée, ajoute une couche supplémentaire d’incertitude.

L’expert anticipe toutefois un léger repli statistique l’an prochain, de l’ordre de –2,5 %, avec environ 66 700 défaillances attendues. Une amélioration très relative, qu’il qualifie lui-même de « plateau haut ». Autrement dit, même en cas de reflux, le niveau des faillites resterait durablement supérieur à celui observé avant la crise sanitaire.

Dans un environnement marqué par la hausse des coûts de production, la fragmentation croissante des marchés et une concurrence internationale plus agressive, les procédures collectives devraient, selon lui, s’inscrire dans un nouveau régime de normalité élevée.

Un climat politique qui nourrit l’inquiétude patronale

Cette perspective alimente les inquiétudes d’un monde économique déjà sous tension. Les débats budgétaires à venir, qui remettent sur la table plusieurs pistes de hausses de fiscalité pesant sur les entreprises, sont scrutés de près par les organisations patronales.

À l’Assemblée nationale, la reprise des discussions sur le budget intervient dans un contexte où la confiance des dirigeants reste fragile. Pour beaucoup, l’enjeu dépasse désormais la seule conjoncture : il s’agit de savoir si l’économie française dispose encore des marges nécessaires pour absorber simultanément ralentissement de l’activité, durcissement du crédit et instabilité institutionnelle.

Après une année 2025 record, le risque est désormais clairement identifié par les observateurs : celui de voir la France s’installer dans un cycle prolongé de défaillances élevées, avec des conséquences durables sur l’emploi, l’investissement et la capacité de rebond des entreprises.