Commerce d’animaux sauvages : une étude alerte sur le risque accru de transmission de virus à l’homme

Le commerce international d’animaux sauvages représente un marché colossal, mais il soulève aussi de sérieuses inquiétudes sanitaires. Une nouvelle étude menée par l’Université de Fribourg met en évidence un lien direct entre ces échanges et l’augmentation du risque de transmission de maladies entre animaux et êtres humains. En cause : la multiplication des contacts entre espèces, les transports internationaux et la circulation de pathogènes parfois méconnus.

Un marché mondial aux multiples formes

Le commerce légal de la faune sauvage concerne une grande variété d’animaux et de produits dérivés. Il peut s’agir d’animaux de compagnie exotiques, de peaux, de trophées de chasse, d’objets artisanaux ou encore d’espèces destinées à l’élevage.

Perroquets, reptiles, rongeurs, furets, crocodiles ou mammifères rares circulent ainsi à travers le monde.

Au-delà des enjeux écologiques, ces échanges créent des opportunités nouvelles pour les virus, bactéries, parasites ou champignons de franchir la barrière des espèces.

Les zoonoses au cœur des inquiétudes

De nombreuses maladies infectieuses humaines sont issues du monde animal. On les appelle des zoonoses.

Selon les estimations régulièrement citées par les experts, une large part des maladies émergentes provient d’animaux sauvages ou domestiques.

Le commerce de la faune sauvage augmente mécaniquement les situations à risque : capture, transport, stockage, promiscuité entre espèces, manipulation par l’homme et diffusion vers de nouveaux territoires.

Chaque étape peut favoriser une contamination.

41 % des mammifères concernés

Les chercheurs de l’Université de Fribourg ont analysé plusieurs décennies de données mondiales sur ce commerce.

Leur principal constat est marquant : environ 41 % des mammifères commercialisés partageraient au moins un agent pathogène avec l’être humain.

Autrement dit, près d’un mammifère vendu sur deux pourrait potentiellement transmettre certaines maladies déjà connues chez l’homme.

L’étude souligne également qu’une espèce présente longtemps sur les marchés tend à partager davantage de pathogènes avec les humains.

Des exemples déjà connus

L’histoire récente fournit plusieurs cas emblématiques.

Ebola est souvent associé à des contacts avec la faune sauvage. La salmonellose est fréquemment liée à certains reptiles de compagnie comme les tortues ou serpents.

La grippe aviaire rappelle aussi les risques liés aux échanges internationaux d’animaux.

En 2003, une flambée de variole du singe aux États-Unis avait été reliée à l’importation de rongeurs exotiques.

Ces cas illustrent la capacité des maladies à voyager avec les espèces commercialisées.

Le commerce illégal encore plus préoccupant

Si le commerce légal inquiète déjà les scientifiques, le trafic clandestin est considéré comme encore plus risqué.

Les animaux y circulent souvent sans contrôle vétérinaire, dans des conditions sanitaires dégradées et via des circuits opaques.

Le stress, la promiscuité et l’absence de surveillance favorisent alors la diffusion d’agents infectieux.

Pour les experts, ce marché noir représente une menace importante autant pour la biodiversité que pour la santé publique mondiale.

Vers un renforcement des contrôles ?

Les auteurs de l’étude appellent à renforcer la régulation du commerce d’animaux sauvages.

Cela pourrait passer par davantage de contrôles sanitaires, une meilleure traçabilité des espèces, des restrictions ciblées sur les animaux les plus à risque et une coopération internationale accrue.

L’objectif n’est pas seulement de protéger les espèces menacées, mais aussi de prévenir les prochaines crises sanitaires.

Une leçon de prévention

Depuis la pandémie de COVID-19, la question des liens entre santé humaine, santé animale et environnement est devenue centrale.

Cette nouvelle étude rappelle qu’un virus n’a pas besoin de frontières pour se propager.

Limiter les risques liés au commerce de la faune sauvage pourrait donc constituer l’un des leviers les plus concrets pour éviter les épidémies de demain.