Philippe Aghion plaide pour un marché européen des capitaux entre pays volontaires
Face au recul relatif de l’Europe sur la scène économique mondiale, Philippe Aghion estime qu’il est urgent de repenser la stratégie de croissance du continent. Sur le plateau de BFM, le Prix Nobel d’économie 2025 a appelé à la création d’un marché européen unifié des capitaux, réservé dans un premier temps aux pays désireux d’avancer plus vite.
Pour l’économiste, la comparaison avec les États-Unis est révélatrice : alors que l’activité outre-Atlantique a progressé de 4,3 % au troisième trimestre 2025, la zone euro n’a enregistré qu’une hausse de 0,3 %. Cet écart traduit, selon lui, un déficit d’innovation et de financement qui empêche l’Union européenne d’exploiter pleinement son potentiel productif.
Malgré ce retard, Philippe Aghion souligne l’existence d’atouts considérables en Europe, notamment sa capacité à attirer des talents internationaux, y compris venus d’Amérique du Nord. Mais ces atouts risquent de s’éroder si l’éducation et la recherche restent des variables d’ajustement budgétaire. « Il faut investir massivement », plaide-t-il, rappelant que l’innovation est au cœur de la montée en gamme industrielle.
S’inspirant du rapport Draghi de 2024, l’économiste imagine un marché du capital capable d’orienter l’épargne vers la technologie, l’industrie et les infrastructures. Contrairement au projet initial qui visait les 27, il propose de commencer par un noyau de pays prêts à harmoniser plus rapidement leurs règles financières. L’Allemagne ou la Suède pourraient faire partie des premiers volontaires, avant un élargissement progressif.
Cette méthode permettrait de lever certaines rigidités, à commencer par la politique européenne de la concurrence, jugée insuffisamment adaptée à la compétition mondiale. Philippe Aghion appelle également l’Europe à se doter d’outils comparables à ceux de la Darpa américaine, l’agence qui finance des innovations technologiques de rupture.
L’ambition est claire : réduire le fossé avec les États-Unis, renforcer la souveraineté industrielle européenne et relancer la productivité en misant sur l’innovation.