L’Arcom condamne CNews à une amende de 200 000 euros pour deux émissions diffusées en 2025

L’Arcom a prononcé une sanction financière de 200 000 euros à l’encontre de CNews, estimant que deux émissions diffusées en 2025 contenaient des propos susceptibles d’alimenter la haine et les discriminations. La décision, rendue publique mercredi, a été contestée par la chaîne, qui a annoncé son intention de saisir le Conseil d’État.

Les faits reprochés concernent deux séquences diffusées en juin et en septembre 2025, notamment dans l’émission « 100 % Frontières ». Le régulateur met en cause plusieurs interventions d’Erik Tegnér, fondateur du média Frontières et chroniqueur de l’émission.

La première séquence portait sur les violences survenues après la victoire du Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des champions. Selon l’Arcom, les échanges diffusés à l’antenne établissaient un lien entre l’insécurité et les personnes issues de l’immigration. Le régulateur relève également qu’une vidéo d’Éric Zemmour, publiée initialement sur les réseaux sociaux, a été diffusée sans qu’un véritable contradicteur ne vienne en discuter le contenu. L’autorité considère par ailleurs que certains commentaires tenus sur le plateau, notamment l’utilisation du terme « barbares » pour qualifier les auteurs des violences, participaient à une lecture présentée comme relevant d’un affrontement civilisationnel.

La seconde émission concernait une séance du conseil communal de Molenbeek-Saint-Jean, en Belgique, au cours de laquelle une élue portant le voile était intervenue. D’après l’Arcom, plusieurs intervenants ont présenté cette situation comme l’illustration d’un prétendu « grand remplacement » qui toucherait également la France. L’autorité relève aussi des propos d’Erik Tegnér qualifiant l’islam de « religion de conquête ».

Au terme de son analyse, le régulateur estime que ces deux programmes étaient susceptibles d’alimenter des sentiments de peur et de rejet envers certaines catégories de la population, tout en favorisant des comportements discriminatoires. Il justifie le montant de la sanction par la gravité des manquements constatés ainsi que par les précédentes condamnations déjà prononcées contre la chaîne pour des faits similaires.

CNews conteste cette décision et a indiqué qu’elle déposerait un recours devant le Conseil d’État afin d’obtenir son annulation.

Europe 1 dans le brouillard

Arnaud Lagardère vient de perdre son statut de commandite de la firme éponyme. Au grand dam des salariés de la chaîne de radio qui redoutent l’hypothèse de voir Vincent Bolloré déjà actionnaire du groupe à travers Vivendi, en prendre le contrôle.

Harassé depuis plusieurs mois et sous pression constante de ses principaux actionnaires en l’occurrence Vivendi, Arnaud Lagardère a finalement décidé d’abandonner son statut de commandite le 28 avril dernier. Le précieux verrou qui préservait le groupe Lagardère d’une potentielle OPA hostile saute. Débarrassé de sa cuirasse, le roi se retrouve donc nu et désormais à la merci du moindre prédateur. À commencer par l’un de ses principaux actionnaires, Vincent Bolloré, patron de Vivendi qui a longtemps joué des bras pour fragiliser l’héritier de Lagardère.

En effet, l’impitoyable d’affaires rôde depuis plusieurs mois autour de la branche médias du groupe qui comprend notamment Europe 1, le JDD et Paris Match. Sa volonté d’adjoindre une radio à sa désormais populaire et populiste chaîne de télévision Cnews ne fait l’ombre d’aucun doute. Mais Arnaud Lagardère y a toujours résisté. Jusqu’à ces dernières semaines où la donne a changé. Perclus de dettes, Lagardère fils se voit contraint de renoncer à sa commandite contre 10 millions d’actions valorisées à 230 millions d’euros.

Europe 1 en sursis

Cette manne financière devrait l’aider à éponger un tant soit peu ses créances. Mais le prix à payer pourrait se révéler très élevé. Car délesté de sa commandite, Arnaud Lagardère n’est plus indéboulonnable à la tête de l’entreprise familiale. Et même si l’intéressé a pu obtenir après d’intenses négociations avec ses actionnaires, le droit de demeurer à la tête de l’empire jusqu’en 2026, rien ne dit que les choses vont se dérouler ainsi. D’autant plus avec un Vincent Bolloré toujours avide de la moindre opportunité pour agrandir son influence dans les parages.

La perspective de voir le groupe Lagardère tombé dans l’escarcelle de Bolloré inquiète grandement les salariés d’Europe 1. Ces derniers qui ne sont pas dupes des méthodes de l’industriel breton ont fait part de leur réserve à la hiérarchie lors d’une réunion le 11 mai dernier. Mais les patrons minimisent la menace Bolloré, préférant mettre avant l’avantage que cela pourrait représenter pour la chaîne de radio de collaborer avec un groupe de l’influence de Canal+. Par ailleurs, les plus sceptiques ont été invités à partir dans le cadre d’un plan de départ volontaire.

Sur le papier donc, Arnaud Lagardère demeure patron de son groupe. Jusqu’à quand ?

Cnews bientôt première chaîne d’info en France ?

Le duel à distance que se livrent BFMTV et la chaîne du groupe Bolloré pourrait bien tourner très bientôt à l’avantage de cette dernière. Rien ne semble en mesure d’ébranler la dynamique portée par ses principales têtes d’affiche, dont Éric Zemmour notamment.

Cnews et BFMTV viennent de passer une drôle de semaine. Les deux principales chaînes d’information se sont livrées à un combat acharné afin de grappiller le maximum de part d’audience. Et à l’heure du bilan, les comptes semblent davantage favorables au média appartenant à Vincent Bolloré. Cnews a en effet considérablement réduit son retard sur sa grande rivale ces derniers jours. BFMTV reste en tête grâce à une avance de 0,1 point de part d’audience seulement. Mais pour combien de temps ? La question n’a été autant d’une telle acuité depuis la naissance de la télévision dirigée par Serge Nedjar il y a quatre ans. Et pour cause, la chaîne d’information suscite l’adhésion massive de l’opinion. À tel point qu’elle a aujourd’hui multiplié par 2,3 sa part d’audience en deux ans, selon TV Magazine.

Des têtes de gondole polémistes

Les données publiées le week-end dernier témoignent d’un pic d’audience en faveur de Cnews le soir principalement. C’est en effet à cette période de la journée que se déroulent nombre de ses émissions portées par certains personnages qui à l’évidence retiennent l’attention du public. Il s’agit entre autres de Punchline animée par Laurence Ferrari, L’Heure des livres d’Anne Fulda, L’Heure des Pros 2 de Pascal Praud et Face à l’info dont les principales têtes d’affiche sont Christine Kelly et Éric Zemmour. Ce duo en l’occurrence apparaît aujourd’hui comme la locomotive de Cnews grâce à ses audiences quotidiennes frôlant le million de téléspectateurs.

Ascension à marche forcée

Et pourtant, Face à l’info n’attire pas que des téléspectateurs ravis devant leur télévision. La journaliste Christine Kelly et son collègue Éric Zemmour font l’objet de nombreuses critiques parfois même au-delà de la France pour leurs interventions à l’antenne. Le second ayant été condamné à de multiples reprises pour appel à la haine raciale par la justice. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) épinglait pas plus tard qu’en mars dernier, l’émission pour des propos tenus par le même Zemmour à l’antenne envers les mineurs étrangers. Une sanction pécuniaire de 200 000 euros avait été infligée par le gendarme de l’audiovisuel, au grand dam de la chaîne qui revendique sa liberté d’expression. Son patron Serge Nedjar s’est récemment défendu de toute dérive raciste ou xénophobe, se posant en média ouvert à tous et à tous les sujets.