Médias : les femmes toujours minoritaires dans l’expertise et l’information
Le dernier rapport français du Global Media Monitoring Project (GMMP), publié en 2025, dresse un constat sévère : les femmes représentent seulement 28 % de la présence médiatique totale en tant que sources ou sujets, qu’il s’agisse de télévision, radio, presse écrite ou médias numériques. Une sous-représentation persistante, d’autant plus marquante que le GMMP constitue la plus vaste étude mondiale consacrée au traitement des femmes dans les médias.
Une stagnation visible depuis 30 ans
Créé en 1995, le GMMP réalise tous les cinq ans une photographie synchronisée des médias dans plusieurs pays. Pour l’édition 2025, des bénévoles ont observé en France 39 médias – parmi lesquels TF1, France 2, Arte, CNews, France Inter, RTL, Le Monde, Le Figaro, Ouest-France ou encore Mediapart – lors de la journée du 6 mai 2025, marquée notamment par l’élection du nouveau chancelier allemand, la guerre à Gaza, une grève à la SNCF et la découverte du corps d’Agathe Hilairet.
Malgré trois décennies de monitoring, les résultats évoluent peu. L’étude révèle que les femmes ne représentent jamais plus d’un tiers des personnes vues, lues ou entendues dans les contenus d’actualité. La radio et la presse affichent les plus mauvais scores, avec seulement 22 % de présence féminine chacune, un recul net pour la presse où ce taux atteignait encore 29 % en 2020. Seule la télévision montre une progression, passant de 32 % à 38 % en cinq ans.
Une expertise majoritairement masculine
Sur le terrain plus symbolique de l’expertise, l’asymétrie est encore plus frappante : 75 % des experts mobilisés par les médias sont des hommes. Les femmes ne constituent qu’un quart des expertes interrogées et à peine 23 % des porte-paroles officielles. Pour le GMMP, la journée du 6 mai 2025 confirme « l’inamovible normalité des médias », dans un climat post-pandémique où se multiplient les discours réactionnaires et anti-genre.
Routines professionnelles et obstacles structurels
Plusieurs facteurs permettent de comprendre cette faible représentation. Dans certains secteurs – défense, institutions religieuses, santé –, les femmes sont peu présentes aux postes de décision, réduisant mécaniquement le vivier des sources. À cela s’ajoutent les contraintes de production propres au métier : vitesse, réflexes, réseaux préexistants.
Mais le GMMP pointe aussi des obstacles plus systémiques : les femmes sont moins socialisées à la prise de parole, plus enclines à se déprécier dans l’espace public et davantage engagées dans les tâches domestiques. « C’est le nœud gordien de la répartition du travail à la maison », résume Laetitia Biscarrat, coordinatrice du rapport pour la France.
Le traitement médiatique diffère aussi dans la présentation. Les femmes apparaissent plus souvent sous leur identité privée ou parentale que les hommes, et davantage réduites à leur prénom. À l’échelle mondiale, elles constituent trois quarts des personnes décrites d’abord comme « parents ».
Quand la réalité professionnelle n’apparaît pas à l’écran
L’étude déconstruit également l’argument selon lequel les médias ne feraient que refléter la réalité. Dans les professions féminisées, la visibilité ne suit pas. Ainsi, alors que 71 % des magistrats et 57 % des avocats sont des femmes, elles ne représentent que 26 % des personnes citées dans ces domaines. Même logique pour les métiers de la sécurité, où seuls 8 % des intervenants médiatiques sont des femmes policières ou militaires. « L’enjeu n’est pas d’aller chercher des femmes là où il n’y en a pas, mais de montrer celles qui existent », insiste Biscarrat.
Un recul notable dans le champ politique
Le domaine politique reste l’un des angles morts de la représentation. Les femmes n’y représentent que 18 % des sources et sujets, un seuil jamais descendu aussi bas depuis le début du monitoring. Les femmes racisées sont encore moins visibles : elles n’apparaissent qu’en marge des 7 % de personnes perçues comme racisées dans les médias français, une proportion en baisse (10 % en 2020).
Des pistes pour rééquilibrer l’information
Pour avancer, les autrices du rapport appellent à une montée en compétence des rédactions et des écoles de journalisme sur ces questions. Elles recommandent notamment l’utilisation du site Les Expertes, annuaire lancé en 2015 qui recense plus de 8 000 spécialistes féminines par domaine. D’autres solutions émergent, comme la nomination de « gender editors » chargés d’examiner la représentation femmes-hommes dans les contenus – un poste déjà présent chez Mediapart. Reste que, selon les chercheuses, ces initiatives demeurent ponctuelles et gagneraient à être systématisées.