Faillites d’entreprises : la France s’installe dans un cycle de défaillances durablement élevé

L’espoir d’un retour à la normale s’est dissipé. En 2025, la France a enregistré un nouveau sommet historique de défaillances d’entreprises, avec 68 500 procédures recensées. Un niveau inédit, qui confirme que la sortie de crise post-Covid ne s’est pas traduite par l’accalmie attendue dans le tissu économique.

Selon les chiffres publiés par Allianz Trade, ce volume représente une hausse de 3,4 % par rapport à 2024, année déjà marquée par un niveau particulièrement élevé. Plus frappant encore, le nombre de faillites dépasse de 23 % la moyenne observée avant la pandémie.

Un constat qui tranche avec les prévisions formulées en début d’année. Après trois exercices de rattrapage des défaillances artificiellement évitées durant la crise sanitaire grâce aux dispositifs publics de soutien, nombre d’analystes misaient sur une stabilisation progressive. La dynamique observée en 2025 montre au contraire que la fragilité des entreprises s’est enracinée.

Une crise diffuse, dans un environnement économique dégradé

La France n’est pas un cas isolé. À l’échelle mondiale, les défaillances ont progressé de 6 %, illustrant un climat économique international toujours tendu. Mais le contexte national, marqué par une instabilité politique persistante et des perspectives de croissance atones, a amplifié les difficultés de nombreuses entreprises.

Dans l’Hexagone, la hausse des procédures concerne presque tous les secteurs. Certains enregistrent toutefois des envolées particulièrement spectaculaires par rapport à leur trajectoire historique.

Le transport et l’entreposage figurent en tête des secteurs les plus touchés, avec un niveau de défaillances supérieur de 61 % à la moyenne observée entre 2010 et 2019. L’information et la communication subissent également une forte dégradation, avec une progression de 42 %. Le commerce automobile (+ 40 %) et l’hôtellerie-restauration (+ 34 %) complètent ce tableau sombre.

Derrière ces chiffres, plusieurs facteurs se combinent : hausse durable des coûts de l’énergie et des matières premières, ralentissement de la demande, tensions sur les marges, mais aussi conditions de financement nettement plus restrictives qu’au cours de la décennie précédente.

Des grandes entreprises désormais concernées

Si les très petites entreprises restent traditionnellement les plus exposées, l’année 2025 marque une rupture par l’ampleur des difficultés rencontrées par des structures de taille bien plus significative.

Les défaillances de groupes affichant plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires ont progressé de 40 % au-delà de leur moyenne observée sur la période 2006-2024. Un signal jugé particulièrement préoccupant par les acteurs du financement et de l’assurance-crédit, car ces faillites entraînent des effets de chaîne sur l’ensemble des sous-traitants et des fournisseurs.

Cette montée en gamme des entreprises concernées se reflète également dans les chiffres sociaux. L’Association pour la gestion du régime de garantie des créances salariales, qui intervient pour assurer le paiement des salaires en cas de défaillance d’un employeur, a accompagné environ 250 000 salariés en 2025. Le montant total des avances a dépassé 2,2 milliards d’euros, en progression de 5 % sur un an.

Pour les professionnels du retournement et du restructuring, cette évolution traduit une fragilisation plus structurelle du tissu productif, y compris dans des groupes jusqu’ici considérés comme solides.

Vers un « plateau haut » en 2026

Pour Maxime Lemerle, responsable des études défaillances chez Allianz Trade, les perspectives restent peu favorables à court terme. L’année 2026 s’annonce, selon lui, encore marquée par de multiples vents contraires.

La combinaison d’une croissance jugée insuffisante, d’une instabilité politique et fiscale persistante, de conditions de crédit durcies, mais aussi de tensions géopolitiques et commerciales, continue de peser directement sur la trésorerie des entreprises. La réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, encore inachevée, ajoute une couche supplémentaire d’incertitude.

L’expert anticipe toutefois un léger repli statistique l’an prochain, de l’ordre de –2,5 %, avec environ 66 700 défaillances attendues. Une amélioration très relative, qu’il qualifie lui-même de « plateau haut ». Autrement dit, même en cas de reflux, le niveau des faillites resterait durablement supérieur à celui observé avant la crise sanitaire.

Dans un environnement marqué par la hausse des coûts de production, la fragmentation croissante des marchés et une concurrence internationale plus agressive, les procédures collectives devraient, selon lui, s’inscrire dans un nouveau régime de normalité élevée.

Un climat politique qui nourrit l’inquiétude patronale

Cette perspective alimente les inquiétudes d’un monde économique déjà sous tension. Les débats budgétaires à venir, qui remettent sur la table plusieurs pistes de hausses de fiscalité pesant sur les entreprises, sont scrutés de près par les organisations patronales.

À l’Assemblée nationale, la reprise des discussions sur le budget intervient dans un contexte où la confiance des dirigeants reste fragile. Pour beaucoup, l’enjeu dépasse désormais la seule conjoncture : il s’agit de savoir si l’économie française dispose encore des marges nécessaires pour absorber simultanément ralentissement de l’activité, durcissement du crédit et instabilité institutionnelle.

Après une année 2025 record, le risque est désormais clairement identifié par les observateurs : celui de voir la France s’installer dans un cycle prolongé de défaillances élevées, avec des conséquences durables sur l’emploi, l’investissement et la capacité de rebond des entreprises.

Électricité 100 % renouvelable : un modèle viable pour l’économie française ?

Alors que la France s’est engagée, depuis plusieurs années, dans une trajectoire de neutralité carbone, une question continue d’alimenter le débat public : à quoi ressemblerait réellement un système électrique fondé majoritairement sur les énergies renouvelables, et serait-il économiquement soutenable ? C’est précisément le sujet de la thèse d’Ange Blanchard, docteur en économie à CentraleSupélec et à la Chaire Économie du Climat, intitulée La flexibilité dans les systèmes électriques bas-carbone : modélisation et analyse économique.

Un système électrique de plus en plus difficile à équilibrer

En théorie, la production d’électricité doit en permanence s’adapter à la demande. C’est une contrainte structurelle du système électrique. La consommation évolue fortement au fil des heures et des saisons, avec des pics marqués en soirée et en hiver.

Comme le rappelle le chercheur, cet ajustement a toujours existé. Mais il devient plus complexe à mesure que la part du solaire et de l’éolien augmente. Ces sources ne produisent pas en fonction des besoins du système, mais selon les conditions météorologiques.

Autrement dit, la difficulté n’est pas tant de produire suffisamment d’électricité que de produire au bon moment.

En France, l’équilibre du réseau repose historiquement sur un parc nucléaire très largement pilotable. Les centrales peuvent augmenter ou réduire leur puissance afin de suivre les variations de la demande, dans un système centralisé qui a longtemps garanti une grande stabilité.

Or, l’électricité ne tolère pas les déséquilibres. Produire trop peu pose un problème de sécurité d’approvisionnement, mais produire trop d’électricité est également une difficulté technique. Lorsque la production solaire est très élevée en milieu de journée, notamment en été, le réseau peut se retrouver avec des volumes d’électricité difficiles à absorber immédiatement.

C’est ce caractère intermittent et peu pilotable des énergies renouvelables qui oblige aujourd’hui à repenser l’architecture même du système électrique.

Le rôle clé de la flexibilité et du stockage

La notion centrale des travaux d’Ange Blanchard est celle de la flexibilité. Il s’agit de la capacité du système électrique à s’adapter à des variations rapides et imprévisibles de la production et de la consommation.

Lorsque les panneaux solaires produisent massivement alors que la demande est faible, l’enjeu devient de ne pas perdre cette électricité. Le stockage apparaît alors comme une solution de plus en plus déterminante.

Les batteries stationnaires, déjà très largement déployées dans certaines régions du monde, permettent de reporter une partie de la production vers les périodes de forte demande. Dans certains territoires, elles peuvent déjà couvrir une part significative des besoins électriques à certains moments de la journée.

L’exemple de la Californie est souvent cité. Le déploiement massif de batteries y contribue de plus en plus à la stabilité du réseau, en complément du solaire et de l’éolien.

Dans sa thèse, Ange Blanchard montre que ces dispositifs de stockage constituent un levier particulièrement efficace pour accompagner la montée en puissance des renouvelables, bien davantage que certaines solutions aujourd’hui très médiatisées, comme l’hydrogène pour l’équilibrage du réseau électrique.

Nucléaire et renouvelables, une complémentarité possible

Contrairement à une opposition souvent caricaturale entre nucléaire et renouvelables, la recherche met en évidence une forte complémentarité entre ces deux piliers.

Le nucléaire conserve un rôle structurant dans un système bas carbone, précisément parce qu’il est pilotable. Il peut ajuster sa production pour absorber une partie de l’intermittence du solaire et de l’éolien.

Dans un système fortement renouvelable, le nucléaire devient ainsi un outil d’équilibrage, capable de moduler sa production en fonction de la disponibilité des autres sources d’électricité.

Cette combinaison permet de limiter le recours aux centrales fossiles, tout en garantissant un niveau élevé de sécurité d’approvisionnement. Elle réduit également la nécessité de surdimensionner excessivement les capacités de production renouvelables pour couvrir les périodes les moins favorables.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre nucléaire et renouvelables, mais de concevoir un système capable d’orchestrer intelligemment ces différentes sources.

Un système bas carbone soutenable pour l’économie ?

D’un point de vue économique, les travaux d’Ange Blanchard montrent qu’un système électrique fortement fondé sur les renouvelables, complété par du nucléaire et des capacités de stockage, peut rester compétitif.

Le coût du système ne dépend pas uniquement du prix des panneaux solaires ou des éoliennes, mais de l’ensemble des investissements nécessaires pour garantir l’équilibre du réseau : stockage, renforcement des infrastructures, outils de pilotage et capacités de flexibilité.

Les batteries jouent, à ce titre, un rôle central dans la maîtrise des coûts globaux. En évitant des investissements excessifs dans des moyens de production de secours ou dans des infrastructures surdimensionnées, elles permettent de contenir les dépenses nécessaires à la transition du système électrique.

La question n’est donc pas seulement technologique. Elle est aussi organisationnelle et économique : comment structurer un marché de l’électricité et des mécanismes de rémunération capables d’inciter au bon niveau d’investissement dans la flexibilité.

Le véritable défi français : électrifier les usages

Au-delà de la seule production d’électricité, Ange Blanchard insiste sur un point souvent sous-estimé dans le débat public. La France dispose déjà d’une électricité largement décarbonée.

Le principal défi de la transition énergétique ne réside pas uniquement dans la transformation du mix électrique, mais dans l’électrification massive des usages aujourd’hui dépendants des énergies fossiles.

Cela concerne en priorité les transports, le chauffage des bâtiments et une partie des procédés industriels, encore très dépendants du gaz et du pétrole.

Autrement dit, même un système électrique bas carbone parfaitement optimisé ne suffira pas à atteindre les objectifs climatiques s’il n’est pas accompagné d’une hausse très importante de la demande électrique liée à la substitution des énergies fossiles.

Dans ce contexte, la question n’est pas seulement de savoir si un système électrique majoritairement renouvelable est viable. Elle est aussi de savoir s’il sera capable d’absorber, dans des conditions économiques soutenables, l’augmentation massive des usages électriques qui constitue le cœur de la transition énergétique française.

La filière automobile française au bord de la rupture, alerte le Sénat

Considérée depuis des décennies comme l’un des piliers de l’industrie nationale, la filière automobile française traverse une zone de fortes turbulences. Dans un rapport rendu public à l’automne, la commission des Affaires économiques du Sénat dresse un constat sévère : le secteur est engagé dans une crise profonde et systémique, qui pourrait conduire à un effondrement si aucune décision structurante n’est prise rapidement.

La filière représente aujourd’hui environ 350 000 emplois directs répartis sur près de 4 000 sites industriels. En incluant les activités en aval — sous-traitance, distribution, maintenance — ce sont près de 800 000 emplois qui dépendent directement ou indirectement de la santé de l’automobile. Un poids économique majeur, aussi bien au niveau national que dans de nombreux territoires. « L’automobile est la colonne vertébrale de notre industrie », rappelait Dominique Estrosi Sassone, présidente de la commission, lors de la présentation du rapport.

Pourtant, ce socle industriel vacille. Le document parlementaire pointe une accumulation de fragilités : perte de compétitivité, difficulté à s’adapter aux règles européennes, concurrence internationale exacerbée et essoufflement de la demande. Des signaux faibles devenus visibles, notamment avec la mise à l’arrêt temporaire de plusieurs sites du groupe Stellantis à Poissy, Mulhouse et Sochaux. Le constructeur justifie ces pauses par la nécessité d’ajuster sa production face à un marché atone, un phénomène observé simultanément en Allemagne, en Espagne, en Italie ou encore en Pologne.

Au cœur des inquiétudes figure la question de la compétitivité. Pour les sénateurs, la survie du secteur passe par une révision en profondeur du cadre européen. Dominique Estrosi Sassone plaide pour une actualisation du plan automobile européen, un chantier dont le principe a été confirmé par Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, auditionné au Sénat mi-octobre.

Le rapport dresse également un bilan sombre des deux dernières décennies. Depuis la pandémie de Covid-19, les ventes de véhicules particuliers ont reculé d’environ 20 % en France. À plus long terme, la part française dans la production automobile européenne a chuté de 12 points entre 2000 et 2020. Une érosion attribuée en grande partie à des années de délocalisations vers des pays à bas coûts. Pour Alain Cadec, le risque est clair : sans inflexion rapide, l’automobile pourrait connaître le même sort que la sidérurgie.

Les sénateurs se montrent particulièrement critiques à l’égard des objectifs climatiques européens, et notamment de l’interdiction programmée de la vente de voitures thermiques neuves à partir de 2035. Une échéance jugée trop brutale pour des constructeurs déjà contraints d’investir massivement dans l’électrique, alors même que le marché se contracte. Alain Cadec parle d’une stratégie qui affaiblit l’industrie européenne, plaidant pour un report de cette date, une position également défendue par le chancelier allemand Friedrich Merz.

À cette pression réglementaire s’ajoute une concurrence internationale jugée déloyale. La Chine, devenue le premier producteur mondial de véhicules électriques, inquiète particulièrement les parlementaires. Selon Annick Jacquemet, rapporteure du texte, les exportations chinoises ont explosé en quelques années, portées par une politique industrielle très interventionniste, des subventions massives et des coûts de production nettement inférieurs. Résultat : des véhicules vendus jusqu’à 30 % moins cher que leurs équivalents européens, à qualité comparable.

Dans ce contexte, la commission sénatoriale estime que la question dépasse le seul cadre économique. Il s’agit d’un enjeu de souveraineté industrielle, mais aussi stratégique. Pour éviter que l’Europe ne se contente d’importer des véhicules produits ailleurs, le rapport propose des mesures offensives : droits de douane temporaires sur certains véhicules et composants chinois, exigences renforcées de contenu local et objectif de production européenne de batteries à l’horizon 2035.

La compétitivité passe aussi par l’innovation. Les sénateurs appellent à renforcer les investissements en recherche et développement, à soutenir les gigafactories et à accélérer le développement des logiciels embarqués, devenus centraux dans la valeur ajoutée automobile.

Enfin, le rapport insiste sur l’accessibilité des véhicules. Sans opposer thermique et électrique, les élus soulignent la nécessité de laisser du temps à l’industrie comme aux consommateurs. Le coût d’entrée de l’électrique reste élevé, notamment pour les ménages modestes, d’autant que les constructeurs ont privilégié ces dernières années des modèles plus haut de gamme. La commission recommande donc de flécher les aides publiques vers la production de petits véhicules abordables, de structurer un marché de l’occasion électrique avec un diagnostic batterie certifié et de renforcer les dispositifs de leasing social, en France comme à l’échelle européenne.

Pour les sénateurs, l’urgence est réelle. Sans décisions rapides et coordonnées, la filière automobile française risque de perdre durablement son rôle moteur dans l’économie nationale.

L’expert-comptable, un pilier silencieux mais indispensable de la vie des entreprises

Souvent perçu comme un technicien des chiffres, l’expert-comptable joue en réalité un rôle stratégique dans la gestion, la conformité et le développement des entreprises. Dans un environnement économique de plus en plus complexe, sa présence apparaît comme un véritable facteur de sécurité et de performance.

L’expert comptable : un partenaire au cœur de la santé financière

Dans l’imaginaire collectif, l’expert-comptable se limite à la tenue des comptes et à la production du bilan annuel. En réalité, son rôle dépasse largement cette vision réductrice. Il est le garant de la qualité de l’information financière, un point crucial pour les dirigeants, les banques, les investisseurs et même l’administration fiscale.

L’entreprise a besoin de données fiables pour prendre des décisions éclairées : investissements, recrutements, ajustements budgétaires, prévisions de trésorerie. L’expert-comptable fournit ces éléments en veillant à ce que chaque chiffre reflète la réalité de l’activité. Grâce à sa maîtrise des normes comptables, il sécurise l’entreprise face aux erreurs, aux omissions et aux risques fiscaux.

Plus encore, il joue un rôle d’alerte. En analysant les ratios financiers, les flux et les tendances, il repère les signaux faibles qui peuvent annoncer une difficulté future, comme une baisse de marge, un allongement des délais de paiement ou une hausse incontrôlée des charges. Son expertise permet souvent d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Un acteur clé de la conformité et de la gestion des risques

La pression réglementaire ne cesse de s’intensifier, quelle que soit la taille de l’entreprise. Entre les nouvelles normes fiscales, sociales et administratives, les obligations déclaratives mensuelles ou annuelles, et les contrôles de plus en plus fréquents, les dirigeants doivent jongler avec une multitude de règles mouvantes.

L’expert-comptable est alors un véritable bouclier. Il assure la conformité des comptes, maîtrise les exigences légales, anticipe les évolutions réglementaires et accompagne l’entreprise lors des contrôles de l’administration. En cela, il protège non seulement les intérêts financiers de son client, mais aussi sa réputation et sa tranquillité d’esprit.

Sa connaissance fine du droit fiscal permet également d’optimiser la situation de l’entreprise dans le respect total de la réglementation. De nombreuses décisions — choix du statut juridique, gestion des amortissements, arbitrages entre rémunération et dividendes — gagnent à être prises avec son éclairage.

Bien plus qu’un comptable : un conseiller stratégique

L’expert-comptable est souvent l’un des interlocuteurs les plus proches du dirigeant. Il connaît les chiffres, mais aussi les projets, les difficultés, les ambitions. Cette compréhension globale lui permet d’accompagner l’entreprise dans ses grandes étapes : création, croissance, levée de fonds, restructuration, transmission.

Dans les petites structures, il joue parfois le rôle de directeur financier externalisé, apportant une vision stratégique que l’entreprise ne pourrait s’offrir en interne. Il aide à bâtir des business plans, à analyser la rentabilité de nouveaux projets, à structurer des financements ou encore à piloter la trésorerie.

Dans les organisations plus grandes, il agit comme un partenaire indépendant, garant d’une vision extérieure et d’un diagnostic objectif. Cette neutralité constitue un atout précieux pour éclairer des décisions sensibles.

Un métier en pleine transformation

Le numérique a profondément modifié la pratique comptable. La dématérialisation, l’automatisation et les outils d’intelligence artificielle simplifient de nombreuses tâches techniques. Certains prédisaient que le métier disparaîtrait. C’est pourtant l’inverse qui se produit : en se libérant du temps grâce aux outils digitaux, l’expert-comptable se recentre sur la valeur ajoutée.

Conseil, analyse, accompagnement stratégique, prévention des risques, pilotage de la performance : son rôle devient plus humain, plus décisionnel. Les entreprises, confrontées à une concurrence accrue et à des environnements instables, ont plus que jamais besoin de ce type d’expertise personnalisée.

Parallèlement, les compétences de l’expert-comptable s’élargissent : cybersécurité, durabilité, RSE, transition numérique. Autant de domaines où il joue désormais un rôle d’accompagnement auprès des dirigeants.

Un allié indispensable pour l’avenir des entreprises

La figure de l’expert-comptable a changé. Il n’est plus seulement le gardien des comptes, mais un véritable copilote du dirigeant. Sa capacité à sécuriser les finances, prévenir les risques, interpréter les chiffres et guider la stratégie en fait un acteur décisif dans la réussite des entreprises, des plus petites aux plus ambitieuses.

Dans un monde où l’incertitude devient la norme, l’expert-comptable apparaît comme un repère. Sa valeur repose autant sur sa rigueur que sur son accompagnement humain, deux qualités que les outils technologiques ne pourront jamais remplacer totalement.

Instabilité politique : des entreprises françaises paralysées, seules 10 % anticipent une croissance

Dans un climat économique marqué par l’incertitude, les entreprises françaises peinent à envisager l’avenir avec optimisme. Une étude du cabinet ARC, publiée mercredi, montre à quel point les turbulences politiques influencent aujourd’hui les décisions des dirigeants : l’instabilité politique s’impose comme leur première source d’inquiétude, reléguant au second plan les tensions sociales ou les hausses d’impôts.

L’incertitude politique, facteur numéro un d’inquiétude

Selon cette enquête menée en octobre auprès de 200 entreprises de plus de 50 salariés, 75 % des dirigeants placent l’instabilité politique en tête de leurs préoccupations. Ce diagnostic dépasse désormais les difficultés sociales (67 %) et la pression fiscale (55 %). À leurs yeux, la situation politique fragilise la prévisibilité indispensable à l’investissement.

Denis Le Bossé, président du cabinet ARC, résume le sentiment de nombreux chefs d’entreprise : « Elles se sentent otages de la situation politique ». Par prudence, les entreprises renoncent aux investissements jugés non essentiels et ralentissent leurs embauches.

L pessimisme est généralisé : 89 % des entreprises anticipent une dégradation de la conjoncture française dans les six mois à venir. Une vision sombre qui pèse sur les stratégies de développement.

Une croissance en berne, un risque de défaillances en hausse

Interrogées sur l’évolution de leur propre activité, la majorité des entreprises adoptent une position attentiste. Elles sont 72 % à prévoir une stabilité dans les six prochains mois, une proportion en léger recul depuis avril. En revanche, celles qui anticipent un recul sont plus nombreuses (18 %, +4 points). Et seules 10 % pensent pouvoir enregistrer une croissance — un niveau historiquement faible, en baisse continue depuis un an.

Cette prudence s’accompagne de craintes très fortes sur la capacité de leurs clients à tenir le choc : 97 % s’attendent à une hausse des dépôts de bilan dans les mois à venir. Une anticipation cohérente avec les chiffres de la Banque de France, qui recense 68 227 défaillances entre octobre 2024 et septembre 2025 — un niveau élevé qui continue d’augmenter.

Autre enseignement inquiétant de l’étude : 66 % des dirigeants estiment ne pas être suffisamment accompagnés sur le plan juridique pour prévenir ou gérer les difficultés financières de leur entreprise.

Des trésoreries sous tension et un rapport de force entre entreprises

Face à des besoins de trésorerie grandissants, la majorité des entreprises adoptent des pratiques qui fragilisent l’ensemble du tissu économique. Ainsi, 75 % allongent les délais de paiement de leurs fournisseurs, un levier largement utilisé devant le recours au découvert bancaire (54 %). Une stratégie qui fait peser les difficultés en cascade sur les structures les plus fragiles.

La Banque de France rappelait en octobre que les grandes entreprises sont les plus mauvais payeurs, au point qu’elles auraient perdu 12 milliards d’euros de trésorerie en 2024 si elles avaient honoré leurs factures dans les délais légaux. « Un rapport de force délétère s’installe entre les entreprises, au détriment des plus petites », déplore Denis Le Bossé.

Dans ce contexte, 77 % des entreprises interrogées souhaitent un durcissement des sanctions contre les retards de paiement. Beaucoup plaident pour que les amendes deviennent proportionnelles au chiffre d’affaires des entreprises fautives, au lieu du plafond actuel de 2 millions d’euros.

Une proposition de loi allant dans ce sens a d’ailleurs été déposée fin octobre par le sénateur LR Olivier Rietmann, qui suggère d’instaurer des amendes pouvant atteindre 1 % du chiffre d’affaires mondial.

Orsted s’effondre en Bourse après un plan à 8 milliards

Le géant danois des énergies renouvelables chute de près de 30 % à Copenhague après l’annonce d’une augmentation de capital massive.
Un coup de massue sur les marchés

Lundi matin, le titre Orsted a plongé de 28,9 % à la Bourse de Copenhague, effaçant en quelques heures plusieurs milliards d’euros de capitalisation. À l’origine de cette débâcle : l’annonce d’une augmentation de capital de 60 milliards de couronnes danoises, soit environ 8 milliards d’euros. Cette opération, qui représente presque la moitié de la valeur boursière actuelle de l’entreprise (130 milliards de couronnes), a immédiatement été perçue par les investisseurs comme un signal de grande fragilité financière. La réaction a été d’autant plus violente que la dilution pour les actionnaires existants s’annonce massive.

Orsted, qui s’est reconverti des énergies fossiles vers l’éolien et le solaire, justifie cette levée de fonds par la nécessité de renforcer un bilan sous tension. Les difficultés à céder une partie du projet Sunrise Wind, combinées à une conjoncture défavorable sur le marché éolien offshore américain, ont créé un besoin de financement supplémentaire évalué à 40 milliards de couronnes. L’État danois, actionnaire majoritaire à 50,1 %, participera à l’opération, qui doit donner au groupe la flexibilité nécessaire pour mener à bien ses projets d’ici à 2027.

Le produit de l’émission doit financer un programme colossal : 8,1 gigawatts de nouvelles capacités éoliennes offshore d’ici à 2027, soit l’équivalent énergétique de cinq réacteurs EPR de Flamanville. Une ambition qui exige des moyens considérables, dans un environnement où les marges se sont effondrées sous l’effet de la hausse des coûts de construction, de l’inflation sur les matières premières, et de la remontée des taux d’intérêt.

Les vents contraires d’une industrie sous pression

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier a ravivé les tensions sur le secteur. Hostile de longue date aux énergies renouvelables, l’ancien président a signé dès le 20 janvier un décret suspendant les prêts fédéraux aux nouveaux projets éoliens offshore, en attendant un examen économique et environnemental. Cette décision a directement fragilisé Orsted, qui compte sur deux projets américains d’envergure : Revolution Wind (704 MW, prévu pour 2026) et Sunrise Wind (924 MW, prévu pour 2027). L’incertitude réglementaire pèse lourdement sur la valorisation du groupe depuis le début de l’année.

Comme ses concurrents, Orsted subit la flambée du prix des matières premières — notamment le polysilicium pour le solaire — et les surcoûts sur les chantiers offshore. Les projets en mer sont particulièrement sensibles à l’augmentation des coûts de transport, d’installation et de maintenance. En mai dernier, l’entreprise avait déjà retiré le projet Hornsea 4, au large de l’Écosse, en raison d’une explosion des coûts et de risques opérationnels accrus, entraînant des charges exceptionnelles de 470 à 600 millions d’euros.

Les analystes, comme ceux de la Royal Bank of Canada, pointent que Sunrise Wind est déjà soumis à une forte pression sur les rendements. La difficulté à céder une part de ce projet reflète la défiance des investisseurs face aux incertitudes politiques et économiques. Orsted relie directement ces échecs aux “évolutions défavorables du marché éolien offshore américain”, un marché jadis perçu comme stratégique mais désormais plombé par les signaux politiques négatifs et le manque de soutien financier fédéral.

Les défis d’un leader en quête de cap

L’augmentation de capital d’Orsted équivaut à lever près de la moitié de sa capitalisation actuelle, ce qui entraîne mécaniquement une dilution sévère. Si l’État danois participera à l’opération, les investisseurs privés voient leur part de capital réduite, ce qui explique en grande partie la violence de la sanction boursière. Pour les marchés, cette levée de fonds traduit un risque structurel plus profond que de simples difficultés conjoncturelles.

Orsted, longtemps considéré comme un modèle de transition énergétique réussie, doit désormais convaincre qu’il peut exécuter ses projets sans compromettre sa solidité financière. La communication du groupe insiste sur la nécessité de “préserver une capitalisation adéquate” et de maintenir la flexibilité budgétaire. Mais la succession de mauvaises nouvelles — retrait de projets, retards, surcoûts — fragilise la confiance des investisseurs et des partenaires financiers.

Malgré ces vents contraires, Orsted maintient le cap sur son programme éolien offshore, misant sur une reprise de la demande mondiale et sur la transition énergétique à long terme. Entre 2025 et 2027, l’entreprise déploiera un portefeuille parmi les plus ambitieux du marché, dans l’espoir que la conjoncture — réglementaire comme économique — se retourne en sa faveur. Un pari risqué, mais nécessaire pour rester dans la course face à des concurrents comme Vestas, Iberdrola ou RWE.



Bruxelles suspend ses représailles face aux taxes de Trump

L’Union européenne met en pause ses contre-mesures face aux droits de douane américains. En coulisses, les industriels s’adaptent ou préparent leur exil.
Une trêve stratégique entre Bruxelles et Washington

La Commission européenne a annoncé mardi 5 août la suspension « jusqu’à nouvel ordre » de ses mesures de représailles commerciales à l’encontre des États-Unis. Cette décision fait suite à des discussions en cours entre les deux puissances sur un accord commercial global. Pour Bruxelles, ce gel ne marque pas une renonciation, mais plutôt un choix tactique dans une phase diplomatique délicate. L’objectif est clair : ne pas crisper davantage un partenaire américain devenu, sous l’impulsion de Donald Trump, aussi imprévisible que décisif.

Les termes précis des discussions restent volontairement flous. Ni Bruxelles ni les secteurs concernés ne souhaitent dévoiler leurs cartes, de crainte de fragiliser leur position face à une Maison-Blanche réputée pour son caractère volatil. « Le diable est dans les détails », glisse-t-on à la Commission, où l’on joue la montre pour préserver les maigres marges de négociation encore disponibles. Tous les regards sont tournés vers les secteurs stratégiques, où la moindre concession pourrait entraîner des répercussions profondes.

Le président américain n’hésite pas à alterner menaces et promesses, parfois en l’espace de quelques heures. Face à cet imprévisibilité revendiquée, les Européens tentent de composer avec un partenaire capable de bouleverser l’équilibre commercial mondial. Pour les négociateurs européens, toute déclaration publique pourrait devenir un levier pour Washington. D’où le silence pesant, mais stratégique, de nombreux industriels et responsables européens.

Des secteurs économiques sous tension

Jusqu’ici, le secteur aéronautique semble préservé des surtaxes américaines. Un répit relatif que ne connaissent pas d’autres secteurs industriels comme les vins, les spiritueux, ou l’automobile. Ces derniers, très exposés aux fluctuations commerciales transatlantiques, craignent une déstabilisation de leur compétitivité. Les produits européens sont mécaniquement désavantagés face aux équivalents américains, protégés par des tarifs douaniers avantageux.

Les grands groupes à haute valeur ajoutée disposent de marges plus confortables pour absorber les coûts supplémentaires. À l’inverse, les PME et les secteurs intermédiaires (cosmétiques, outillage, produits chimiques) s’inquiètent de leur faible résilience. Les calculs sont en cours dans chaque entreprise pour évaluer l’impact des barrières tarifaires. L’ajustement pourrait, à terme, passer par une adaptation des chaînes de production, voire un changement stratégique de localisation.

Certains géants, notamment du secteur du luxe, semblent mieux armés pour faire face à ces tensions. Leur pouvoir de marque et leur capacité à intégrer les taxes dans le prix final constituent un avantage concurrentiel. Ce n’est pas le cas de l’ensemble des filières industrielles, où l’exposition au marché américain est forte mais la marge de manœuvre étroite. La redistribution des cartes se joue déjà dans les conseils d’administration, loin des micros.

Relocalisations américaines : entre calcul et silence

Face à l’alourdissement du coût des exportations vers les États-Unis, plusieurs industriels envisagent de franchir le pas : produire sur place. C’est l’un des moyens les plus sûrs d’éviter les droits de douane. La promesse d’un taux d’imposition plus favorable sous l’administration Trump rend l’option encore plus séduisante. Pourtant, peu d’entreprises osent le dire ouvertement, de peur d’une réaction politique en France ou à Bruxelles.

L’Oréal réalise près de 40 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis. Son directeur général, Nicolas Hieronimus, n’exclut pas de relocaliser une partie de la production sur le sol américain. Pas de précisions supplémentaires, mais l’idée est lancée. De son côté, Sanofi a déjà franchi le pas : en mai dernier, le groupe pharmaceutique français a annoncé un investissement massif de 20 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2030. Une décision qui en dit long sur les arbitrages en cours dans les grandes entreprises européennes.

Face à ces mouvements potentiels, Bercy reste sur ses gardes. Le ministre de l’Économie et des Finances, Éric Lombard, n’a de cesse d’en appeler au patriotisme économique et au respect de la souveraineté industrielle française. Mais les logiques d’implantation répondent à d’autres considérations : accès au marché, fiscalité, stabilité réglementaire. Si la tendance se confirme, la France pourrait voir s’amorcer une nouvelle vague de délocalisations… silencieuses.



France 2040 : l’alerte sévère de l’Institut Montaigne

Démographie en berne, productivité stagnante, dette croissante : le think tank libéral met en garde contre l’inaction face aux périls structurels de la France.

Un déclin démographique lourd de conséquences

D’ici 2040, selon l’Institut Montaigne, les plus de 65 ans représenteront 26 à 28 % de la population française, contre environ 21 % aujourd’hui. Ce basculement démographique renforce le déséquilibre entre actifs et inactifs, avec un ratio de dépendance avoisinant les 50 %, soit un actif pour un inactif. Ce choc structurel aura des répercussions profondes sur les dépenses sociales et les retraites.

Le rapport pointe une baisse très forte de la natalité, qu’aucune mesure politique récente ne semble en mesure d’inverser. L’indicateur conjoncturel de fécondité est en recul constant, plaçant la France en deçà du seuil de renouvellement des générations. Ce déficit d’enfants pèsera sur le renouvellement de la population active et affaiblira le socle de la croissance.

À l’horizon 2040, la France risque de connaître une baisse du volume d’heures travaillées, aggravée par des tendances déjà en cours. Bruno Tertrais, coordinateur du rapport, prévient : sans renversement de cette dynamique, le pays s’installe dans une économie structurellement atone, où le vieillissement et la raréfaction des actifs entraînent une chute de la productivité globale.

Un modèle économique sous tension permanente

La dette publique, déjà au-delà des 110 % du PIB, devrait continuer de croître sous l’effet combiné du vieillissement, de la baisse des recettes fiscales et des dépenses sociales accrues. L’Institut Montaigne souligne que cette dérive budgétaire prive l’État de marges de manœuvre à moyen terme, mettant en danger la capacité d’investissement public et les équilibres macroéconomiques.

La productivité du travail, moteur traditionnel de la croissance française, ne progresse plus significativement. Selon le rapport, le vieillissement, la désorganisation territoriale et le manque de réforme structurelle sont responsables de ce marasme prolongé. Les gains technologiques ne parviennent plus à compenser la baisse de performance de l’économie réelle.

L’étude se veut un électrochoc pour les responsables politiques. Elle insiste sur le fait que la poursuite des tendances actuelles sans intervention ambitieuse conduira à une impasse économique. Le rapport veut mettre les élus « face à leurs responsabilités » et souligne le coût élevé de l’immobilisme institutionnel, en particulier dans les domaines clés que sont le travail, l’innovation et la formation.

 

Une gouvernance à bout de souffle face aux crises systémiques

L’Institut Montaigne critique sévèrement la gouvernance publique « en silos ». L’absence de vision transversale, dans des domaines comme l’éducation, la santé, le climat ou la sécurité, empêcherait toute réponse cohérente aux défis actuels. Cette logique compartimentée rend l’État inefficace face aux dynamiques de plus en plus entremêlées qui caractérisent les crises modernes.

La France entre dans une période de « double contrainte », marquée à la fois par des transformations climatiques rapides et un effondrement démographique. Cette imbrication rend les arbitrages budgétaires, sociaux et environnementaux encore plus complexes. L’incapacité de l’État à prioriser et planifier aggrave la perte de souveraineté stratégique du pays.

Bruno Tertrais insiste enfin sur un contexte géopolitique tendu : conflits régionaux, instabilité commerciale, pression migratoire. Face à cela, les « travers traditionnels de l’administration française » deviennent des handicaps structurels, plus problématiques encore qu’il y a trente ans. Le rapport alerte sur l’urgence de repenser l’organisation de l’État dans un monde devenu imprévisible.



Intermarché reprend 81 magasins Colruyt en France

Le Groupement Les Mousquetaires (Intermarché/Netto) s’engage à acquérir 81 supermarchés et 44 stations-service Colruyt pour 215 M€, avec transfert de 1 300 salariés.
Une opération stratégique majeure dans la distribution

Le 17 juin 2025, le groupe belge Colruyt a annoncé avoir reçu une promesse unilatérale d’achat émanant du Groupement Les Mousquetaires, maison-mère des enseignes Intermarché et Netto. Cette proposition porte sur l’acquisition de 81 supermarchés intégrés sur les 104 magasins Colruyt en France, ainsi que sur 44 stations-service DATS 24. L’opération est estimée à 215 millions d’euros, confirmant une stratégie offensive du groupement français pour consolider son maillage territorial, en particulier dans l’Est et le Centre-Est du pays. Pour Colruyt, ce retrait partiel marque un recentrage de ses activités sur des marchés plus rentables.

Les points de vente concernés sont majoritairement implantés dans les régions du quart nord-est, de la Bourgogne-Franche-Comté à la Lorraine. L’accord comprend également la reprise de plusieurs plateformes logistiques stratégiques, bien que certains entrepôts soient exclus de la transaction pour des raisons d’incompatibilité avec le modèle des Mousquetaires. L’ensemble représente une opportunité pour Intermarché d’accélérer son expansion tout en optimisant la répartition de ses flux. Au total, plus de 1 300 salariés sont concernés par le transfert, prévu pour le premier semestre 2026.

Colruyt, présent en France depuis 1998, fait face à des difficultés structurelles sur le territoire hexagonal. Malgré une activité rentable sur certains points, la filiale française du distributeur belge a enregistré un déficit supérieur à 20 millions d’euros au titre de l’exercice 2024-2025. Le poids des frais fixes, conjugué à une dynamique concurrentielle très tendue dans le secteur, a poussé le groupe à envisager une sortie partielle. L’accord avec Les Mousquetaires permet ainsi de limiter les pertes tout en garantissant une transition équilibrée.

Un transfert socialement encadré

L’un des piliers de l’accord repose sur la transmission intégrale des contrats de travail des salariés concernés, en vertu de l’article L1224-1 du Code du travail. Ainsi, 1 316 salariés de Colruyt Retail France rejoindront les entités du Groupement Les Mousquetaires sans rupture de contrat. Les 175 postes non transférés dans les entrepôts seront compensés par des propositions de CDI à pourvoir dans les structures logistiques des Mousquetaires, à l’issue d’une procédure de reclassement. Cette méthode témoigne d’une volonté commune de privilégier l’emploi et d’éviter les licenciements secs.

Avant tout transfert opérationnel, une consultation des instances représentatives du personnel (IRP) sera engagée. Ce dialogue, obligatoire dans le cadre d’une cession de cette ampleur, vise à préciser les modalités d’intégration, les perspectives de carrière, et les conditions de travail dans les nouvelles entités. Le PDG de Colruyt Retail France, Stefan Goethaert, a assuré que l’objectif était de garantir une intégration harmonieuse et responsable, dans l’intérêt conjoint des salariés et des enseignes concernées.

Les magasins repris seront confiés à des adhérents-indépendants du Groupement Les Mousquetaires, selon le modèle coopératif traditionnel de l’enseigne. Ces chefs d’entreprise bénéficieront d’un accompagnement personnalisé pour assurer la transformation logistique, marketing et RH des points de vente. Cette architecture décentralisée favorise une réappropriation locale des commerces et pourrait, selon les analystes, faciliter l’ancrage territorial durable des ex-magasins Colruyt.

Recomposition du paysage concurrentiel

Le secteur de la grande distribution en France est soumis à une concurrence intense, marquée par la montée en puissance du e-commerce, la pression sur les prix, et la prolifération des enseignes de hard-discount. Dans ce contexte, la reprise de Colruyt par Les Mousquetaires permet à ces derniers de conforter leur troisième place sur le marché français, derrière Leclerc et Carrefour. L’objectif affiché du Groupement : atteindre 20 % de parts de marché à l’horizon 2028, en renforçant sa présence dans les zones moins couvertes.

Cette acquisition s’inscrit dans une stratégie plus large de croissance externe, amorcée dès 2023 avec le rapprochement d’Intermarché et de Casino sur plusieurs zones de chalandise. Le modèle coopératif des Mousquetaires leur permet d’agir avec agilité, en s’appuyant sur un réseau dense de points de vente tout en gardant une gouvernance décentralisée. L’intégration des magasins Colruyt s’effectuera dans cette logique, avec une conversion progressive aux standards logistiques et commerciaux du groupement.

Enfin, cette opération envoie un message fort aux distributeurs européens : la France, marché historiquement dense, reste une zone complexe pour les enseignes étrangères peu implantées. L’exemple de Colruyt, contraint de se replier après près de 25 ans de présence, révèle les difficultés à atteindre une taille critique sans réseau logistique robuste et connaissance fine du tissu local. Pour Les Mousquetaires, cette reprise vient donc également confirmer leur statut de consolidateur national.



Face à Shein, Temu et AliExpress, les commerçants ripostent

Accusés de concurrence déloyale, les géants chinois du e-commerce sont dans le viseur des commerçants français, qui réclament leur déréférencement.
La colère des commerçants face à une concurrence écrasante

Les plateformes chinoises telles que Shein, Temu ou AliExpress affichent des prix défiant toute concurrence : robes à 10 euros, gadgets à moins de 3 euros, bijoux à prix cassés… Ces tarifs, qui attirent massivement les consommateurs, suscitent l’indignation du commerce de proximité français. Pour les artisans et commerçants, ces montants ne permettent ni une fabrication respectueuse des normes sociales ni une juste rémunération du travail. Les prix bas se font au détriment de la qualité, de l’environnement et, surtout, du tissu économique local. Ces produits, souvent livrés depuis l’étranger avec peu ou pas de frais de douane ou de TVA, bénéficient de conditions bien plus avantageuses que celles imposées aux entreprises françaises, créant un déséquilibre profond.

Derrière ces plateformes, les commerçants dénoncent un écosystème qui échappe largement aux règles du commerce classique. Les fiches produit manquent parfois de clarté, les conditions de retour sont souvent floues, et les produits ne sont pas toujours conformes à la description initiale. Certaines plateformes usent aussi d’un marketing agressif, avec des promotions permanentes, des notifications incessantes, et des algorithmes qui poussent à la surconsommation. Ces méthodes, difficilement contrôlables depuis l’Europe, participent à une forme de “dumping numérique” contre lequel les petits commerçants se sentent désarmés.

Les effets sont déjà visibles dans les centres-villes. La baisse de fréquentation des commerces de proximité, combinée à l’inflation et aux charges fixes, met en péril des milliers de petits acteurs économiques. Derrière chaque fermeture de boutique, ce sont des emplois locaux supprimés, une vie de quartier qui s’éteint, et une perte de diversité commerciale. Les commerçants ne remettent pas en cause le progrès numérique, mais appellent à une égalité de traitement : comment rivaliser avec des plateformes qui expédient depuis des entrepôts en Asie à des prix défiant les règles élémentaires du commerce équitable ?

Un appel à l’État : encadrer, rétablir la justice commerciale

Face à l’inaction perçue des plateformes et à la lenteur des mesures politiques, la Confédération des commerçants de France (CDF) demande aujourd’hui des actions fortes, et notamment le déréférencement de Shein, Temu et AliExpresssur les moteurs de recherche français. L’objectif ? Rendre ces plateformes moins visibles, ralentir l’hémorragie commerciale, et envoyer un signal politique fort. Cette mesure, radicale, viserait à rétablir une forme d’équité dans l’accès au marché numérique français, à défaut de pouvoir imposer directement des régulations à ces entreprises étrangères.

Les commerçants demandent que l’Union européenne prenne ses responsabilités. Déjà, certaines initiatives comme le Digital Services Act ou le Customs Enforcement Package tentent de mieux encadrer les pratiques des géants du e-commerce. Mais la France, selon les commerçants, devrait aller plus loin : exiger une TVA à l’importation systématique, imposer la traçabilité des produits vendus, et responsabiliser les plateformes sur la conformité et la sécurité des marchandises commercialisées. Une loi française plus stricte serait, selon eux, un premier pas vers une régulation plus globale.

La riposte ne peut être uniquement institutionnelle : elle passe aussi par les mentalités. Pour les commerçants, il est urgent de sensibiliser les consommateurs aux impacts économiques, sociaux et écologiques de leurs achats. Acheter une robe à 9 € sur Temu, c’est peut-être faire une bonne affaire à court terme, mais c’est aussi affaiblir durablement l’économie locale. À travers des campagnes d’affichage, des relais dans les médias et les réseaux sociaux, les commerçants souhaitent rappeler qu’un euro dépensé dans une boutique indépendante a dix fois plus d’impact pour l’emploi et l’environnement qu’un achat sur une plateforme chinoise.

Repenser le commerce local à l’ère du numérique

Face à cette concurrence numérique, les commerçants traditionnels n’entendent pas rester figés. Beaucoup investissent désormais dans la digitalisation de leurs services : sites web, click & collect, ventes en ligne, prises de rendez-vous via les réseaux sociaux. Cette transformation n’est pas toujours simple, surtout pour les plus petites structures, mais elle s’impose comme indispensable. L’ambition n’est pas de rivaliser avec les plateformes géantes, mais de proposer une alternative de qualité, humaine, accessible, et plus responsable.

Les commerçants demandent aussi un accompagnement public renforcé : aides à la digitalisation, formations, subventions pour la transition numérique, réduction des charges sociales. Certaines collectivités ont déjà mis en place des dispositifs de soutien, mais ceux-ci restent trop dispersés et souvent inadaptés à la réalité du terrain. Une stratégie nationale cohérente, portée par l’État et les régions, est attendue pour donner un second souffle au commerce local.

Enfin, au-delà des politiques publiques, les commerçants misent sur l’éveil d’un consommateur plus responsable. La prise de conscience écologique, le désir de proximité, la volonté de soutenir l’économie locale sont autant de leviers qui peuvent jouer en faveur d’un retour en grâce des commerces de centre-ville. Pour cela, encore faut-il offrir une expérience client irréprochable, un service humain, et une offre de produits différenciante. Le défi est de taille, mais les commerçants en sont convaincus : c’est en s’adaptant sans renier leur identité qu’ils retrouveront leur place.



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