Électricité 100 % renouvelable : un modèle viable pour l’économie française ?

Alors que la France s’est engagée, depuis plusieurs années, dans une trajectoire de neutralité carbone, une question continue d’alimenter le débat public : à quoi ressemblerait réellement un système électrique fondé majoritairement sur les énergies renouvelables, et serait-il économiquement soutenable ? C’est précisément le sujet de la thèse d’Ange Blanchard, docteur en économie à CentraleSupélec et à la Chaire Économie du Climat, intitulée La flexibilité dans les systèmes électriques bas-carbone : modélisation et analyse économique.

Un système électrique de plus en plus difficile à équilibrer

En théorie, la production d’électricité doit en permanence s’adapter à la demande. C’est une contrainte structurelle du système électrique. La consommation évolue fortement au fil des heures et des saisons, avec des pics marqués en soirée et en hiver.

Comme le rappelle le chercheur, cet ajustement a toujours existé. Mais il devient plus complexe à mesure que la part du solaire et de l’éolien augmente. Ces sources ne produisent pas en fonction des besoins du système, mais selon les conditions météorologiques.

Autrement dit, la difficulté n’est pas tant de produire suffisamment d’électricité que de produire au bon moment.

En France, l’équilibre du réseau repose historiquement sur un parc nucléaire très largement pilotable. Les centrales peuvent augmenter ou réduire leur puissance afin de suivre les variations de la demande, dans un système centralisé qui a longtemps garanti une grande stabilité.

Or, l’électricité ne tolère pas les déséquilibres. Produire trop peu pose un problème de sécurité d’approvisionnement, mais produire trop d’électricité est également une difficulté technique. Lorsque la production solaire est très élevée en milieu de journée, notamment en été, le réseau peut se retrouver avec des volumes d’électricité difficiles à absorber immédiatement.

C’est ce caractère intermittent et peu pilotable des énergies renouvelables qui oblige aujourd’hui à repenser l’architecture même du système électrique.

Le rôle clé de la flexibilité et du stockage

La notion centrale des travaux d’Ange Blanchard est celle de la flexibilité. Il s’agit de la capacité du système électrique à s’adapter à des variations rapides et imprévisibles de la production et de la consommation.

Lorsque les panneaux solaires produisent massivement alors que la demande est faible, l’enjeu devient de ne pas perdre cette électricité. Le stockage apparaît alors comme une solution de plus en plus déterminante.

Les batteries stationnaires, déjà très largement déployées dans certaines régions du monde, permettent de reporter une partie de la production vers les périodes de forte demande. Dans certains territoires, elles peuvent déjà couvrir une part significative des besoins électriques à certains moments de la journée.

L’exemple de la Californie est souvent cité. Le déploiement massif de batteries y contribue de plus en plus à la stabilité du réseau, en complément du solaire et de l’éolien.

Dans sa thèse, Ange Blanchard montre que ces dispositifs de stockage constituent un levier particulièrement efficace pour accompagner la montée en puissance des renouvelables, bien davantage que certaines solutions aujourd’hui très médiatisées, comme l’hydrogène pour l’équilibrage du réseau électrique.

Nucléaire et renouvelables, une complémentarité possible

Contrairement à une opposition souvent caricaturale entre nucléaire et renouvelables, la recherche met en évidence une forte complémentarité entre ces deux piliers.

Le nucléaire conserve un rôle structurant dans un système bas carbone, précisément parce qu’il est pilotable. Il peut ajuster sa production pour absorber une partie de l’intermittence du solaire et de l’éolien.

Dans un système fortement renouvelable, le nucléaire devient ainsi un outil d’équilibrage, capable de moduler sa production en fonction de la disponibilité des autres sources d’électricité.

Cette combinaison permet de limiter le recours aux centrales fossiles, tout en garantissant un niveau élevé de sécurité d’approvisionnement. Elle réduit également la nécessité de surdimensionner excessivement les capacités de production renouvelables pour couvrir les périodes les moins favorables.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre nucléaire et renouvelables, mais de concevoir un système capable d’orchestrer intelligemment ces différentes sources.

Un système bas carbone soutenable pour l’économie ?

D’un point de vue économique, les travaux d’Ange Blanchard montrent qu’un système électrique fortement fondé sur les renouvelables, complété par du nucléaire et des capacités de stockage, peut rester compétitif.

Le coût du système ne dépend pas uniquement du prix des panneaux solaires ou des éoliennes, mais de l’ensemble des investissements nécessaires pour garantir l’équilibre du réseau : stockage, renforcement des infrastructures, outils de pilotage et capacités de flexibilité.

Les batteries jouent, à ce titre, un rôle central dans la maîtrise des coûts globaux. En évitant des investissements excessifs dans des moyens de production de secours ou dans des infrastructures surdimensionnées, elles permettent de contenir les dépenses nécessaires à la transition du système électrique.

La question n’est donc pas seulement technologique. Elle est aussi organisationnelle et économique : comment structurer un marché de l’électricité et des mécanismes de rémunération capables d’inciter au bon niveau d’investissement dans la flexibilité.

Le véritable défi français : électrifier les usages

Au-delà de la seule production d’électricité, Ange Blanchard insiste sur un point souvent sous-estimé dans le débat public. La France dispose déjà d’une électricité largement décarbonée.

Le principal défi de la transition énergétique ne réside pas uniquement dans la transformation du mix électrique, mais dans l’électrification massive des usages aujourd’hui dépendants des énergies fossiles.

Cela concerne en priorité les transports, le chauffage des bâtiments et une partie des procédés industriels, encore très dépendants du gaz et du pétrole.

Autrement dit, même un système électrique bas carbone parfaitement optimisé ne suffira pas à atteindre les objectifs climatiques s’il n’est pas accompagné d’une hausse très importante de la demande électrique liée à la substitution des énergies fossiles.

Dans ce contexte, la question n’est pas seulement de savoir si un système électrique majoritairement renouvelable est viable. Elle est aussi de savoir s’il sera capable d’absorber, dans des conditions économiques soutenables, l’augmentation massive des usages électriques qui constitue le cœur de la transition énergétique française.

RH : face à la crise d’engagement dans les PME, l’intelligence artificielle au service de l’humain ?

Dans les petites et moyennes entreprises, la gestion des ressources humaines n’a plus rien d’un concept abstrait. Peu dotée, pressée par le quotidien et contrainte par un cadre réglementaire exigeant, elle navigue désormais entre urgences administratives, tensions sociales et arbitrages délicats. Au moment même où les attentes en matière de reconnaissance, de sens et de qualité de vie au travail n’ont jamais été aussi fortes, la fonction RH peine à absorber la charge.

De ce constat est née Modjo Gaia, une solution créée par l’ancienne DRH Marjorie Pigaux. Son ambition : offrir aux dirigeants de TPE et PME une fonction RH externalisée, flexible, disponible à la demande — et augmentée par l’intelligence artificielle, sans renoncer à la profondeur du contact humain.

Une fonction RH sous-dimensionnée

Pour Marjorie Pigaux, les entreprises doivent aujourd’hui composer avec un paradoxe : « On attend d’un RH qu’il réponde aux dirigeants, aux managers et aux collaborateurs, alors que les moyens ne suivent pas. Pour tenir la fonction, il faudrait beaucoup plus de ressources. » Dans de nombreuses PME, le pilotage RH est compressé au profit des activités productives. Parfois jusqu’à disparaître.

Les conséquences peuvent se révéler coûteuses. Les économies de court terme réalisées en supprimant un poste RH peuvent se transformer en litiges sociaux onéreux, en tensions internes ou en départs non anticipés de salariés clés. Des signaux faibles que les entreprises ne perçoivent pas toujours tant la charge opérationnelle capte l’attention.

Un contre-pouvoir discret mais essentiel

La fondatrice de Modjo Gaia insiste sur un point : la fonction RH n’est pas qu’un support administratif. Elle incarne aussi un « tiers de confiance », capable d’alerter, de tempérer les décisions managériales et de rappeler les conséquences humaines d’arbitrages parfois hâtifs. Dans un environnement sous tension, ce rôle de stabilisation devient stratégique : garde-fou juridique, soutien aux managers et repère humain.

Difficile d’imaginer que l’IA puisse remplacer cette dimension. « Une IA mal conçue ne remplira jamais cette fonction de contre-pouvoir », souligne Marjorie Pigaux. Chez Modjo Gaia, la technologie vient plutôt prolonger l’action humaine, en absorbant les tâches répétitives et en assurant une continuité de présence.

Externalisation et assistance 24/7

Modjo Gaia fonctionne d’abord comme une cellule RH externalisée, joignable à toute heure. Son avantage : intervenir en prévention comme en gestion de crise, avec un recul que la fonction interne ne peut pas toujours mobiliser.

L’entreprise a choisi d’intégrer l’IA sous forme « d’alter ego », des assistants conçus pour seconder les RH et managers, et non pour s’y substituer. Leur architecture repose sur trois étages : un socle métier humain, une couche technique d’outils et de processus, et une couche augmentée destinée à faciliter la prise de décision ou le suivi opérationnel.

Un exemple illustre cette approche : l’entretien annuel. L’alter ego peut assister au rendez-vous, structurer les échanges, vérifier les obligations légales et fournir un débrief au manager — sans jamais mener lui-même l’entretien.

Du recrutement à la QVT : changer le diagnostic

Modjo Gaia refuse par ailleurs d’aborder les difficultés RH par le seul prisme du recrutement. Derrière la notion souvent invoquée de « pénurie de talents », l’entreprise voit fréquemment un problème d’alignement stratégique ou culturel. « Les organisations où vision, pratiques et culture convergent ont très peu de mal à attirer », observe la fondatrice.

Le diagnostic implique d’aller sur le terrain. Les dirigeants ne perçoivent pas toujours ce qui se joue dans l’entreprise au-delà des symboles de modernité — espaces de travail design, machines à café ou avantages périphériques. Le véritable engagement se construit autour de la cohérence et de la communication interne.

L’intégration de l’IA vise enfin à améliorer durablement la qualité de vie au travail. « Notre enjeu est de réduire la charge mentale liée aux relations humaines au travail », résume Marjorie Pigaux. Dans un contexte où la technologie est encore massivement pensée comme levier d’optimisation ou de réduction des coûts, Modjo Gaia défend une autre voie : celle d’une IA partenaire, au service de la performance durable et de la cohésion sociale.

Médias : les femmes toujours minoritaires dans l’expertise et l’information

Le dernier rapport français du Global Media Monitoring Project (GMMP), publié en 2025, dresse un constat sévère : les femmes représentent seulement 28 % de la présence médiatique totale en tant que sources ou sujets, qu’il s’agisse de télévision, radio, presse écrite ou médias numériques. Une sous-représentation persistante, d’autant plus marquante que le GMMP constitue la plus vaste étude mondiale consacrée au traitement des femmes dans les médias.

Une stagnation visible depuis 30 ans

Créé en 1995, le GMMP réalise tous les cinq ans une photographie synchronisée des médias dans plusieurs pays. Pour l’édition 2025, des bénévoles ont observé en France 39 médias – parmi lesquels TF1, France 2, Arte, CNews, France Inter, RTL, Le Monde, Le Figaro, Ouest-France ou encore Mediapart – lors de la journée du 6 mai 2025, marquée notamment par l’élection du nouveau chancelier allemand, la guerre à Gaza, une grève à la SNCF et la découverte du corps d’Agathe Hilairet.

Malgré trois décennies de monitoring, les résultats évoluent peu. L’étude révèle que les femmes ne représentent jamais plus d’un tiers des personnes vues, lues ou entendues dans les contenus d’actualité. La radio et la presse affichent les plus mauvais scores, avec seulement 22 % de présence féminine chacune, un recul net pour la presse où ce taux atteignait encore 29 % en 2020. Seule la télévision montre une progression, passant de 32 % à 38 % en cinq ans.

Une expertise majoritairement masculine

Sur le terrain plus symbolique de l’expertise, l’asymétrie est encore plus frappante : 75 % des experts mobilisés par les médias sont des hommes. Les femmes ne constituent qu’un quart des expertes interrogées et à peine 23 % des porte-paroles officielles. Pour le GMMP, la journée du 6 mai 2025 confirme « l’inamovible normalité des médias », dans un climat post-pandémique où se multiplient les discours réactionnaires et anti-genre.

Routines professionnelles et obstacles structurels

Plusieurs facteurs permettent de comprendre cette faible représentation. Dans certains secteurs – défense, institutions religieuses, santé –, les femmes sont peu présentes aux postes de décision, réduisant mécaniquement le vivier des sources. À cela s’ajoutent les contraintes de production propres au métier : vitesse, réflexes, réseaux préexistants.

Mais le GMMP pointe aussi des obstacles plus systémiques : les femmes sont moins socialisées à la prise de parole, plus enclines à se déprécier dans l’espace public et davantage engagées dans les tâches domestiques. « C’est le nœud gordien de la répartition du travail à la maison », résume Laetitia Biscarrat, coordinatrice du rapport pour la France.

Le traitement médiatique diffère aussi dans la présentation. Les femmes apparaissent plus souvent sous leur identité privée ou parentale que les hommes, et davantage réduites à leur prénom. À l’échelle mondiale, elles constituent trois quarts des personnes décrites d’abord comme « parents ».

Quand la réalité professionnelle n’apparaît pas à l’écran

L’étude déconstruit également l’argument selon lequel les médias ne feraient que refléter la réalité. Dans les professions féminisées, la visibilité ne suit pas. Ainsi, alors que 71 % des magistrats et 57 % des avocats sont des femmes, elles ne représentent que 26 % des personnes citées dans ces domaines. Même logique pour les métiers de la sécurité, où seuls 8 % des intervenants médiatiques sont des femmes policières ou militaires. « L’enjeu n’est pas d’aller chercher des femmes là où il n’y en a pas, mais de montrer celles qui existent », insiste Biscarrat.

Un recul notable dans le champ politique

Le domaine politique reste l’un des angles morts de la représentation. Les femmes n’y représentent que 18 % des sources et sujets, un seuil jamais descendu aussi bas depuis le début du monitoring. Les femmes racisées sont encore moins visibles : elles n’apparaissent qu’en marge des 7 % de personnes perçues comme racisées dans les médias français, une proportion en baisse (10 % en 2020).

Des pistes pour rééquilibrer l’information

Pour avancer, les autrices du rapport appellent à une montée en compétence des rédactions et des écoles de journalisme sur ces questions. Elles recommandent notamment l’utilisation du site Les Expertes, annuaire lancé en 2015 qui recense plus de 8 000 spécialistes féminines par domaine. D’autres solutions émergent, comme la nomination de « gender editors » chargés d’examiner la représentation femmes-hommes dans les contenus – un poste déjà présent chez Mediapart. Reste que, selon les chercheuses, ces initiatives demeurent ponctuelles et gagneraient à être systématisées.

Philippe Aghion plaide pour un marché européen des capitaux entre pays volontaires

Face au recul relatif de l’Europe sur la scène économique mondiale, Philippe Aghion estime qu’il est urgent de repenser la stratégie de croissance du continent. Sur le plateau de BFM, le Prix Nobel d’économie 2025 a appelé à la création d’un marché européen unifié des capitaux, réservé dans un premier temps aux pays désireux d’avancer plus vite.

Pour l’économiste, la comparaison avec les États-Unis est révélatrice : alors que l’activité outre-Atlantique a progressé de 4,3 % au troisième trimestre 2025, la zone euro n’a enregistré qu’une hausse de 0,3 %. Cet écart traduit, selon lui, un déficit d’innovation et de financement qui empêche l’Union européenne d’exploiter pleinement son potentiel productif.

Malgré ce retard, Philippe Aghion souligne l’existence d’atouts considérables en Europe, notamment sa capacité à attirer des talents internationaux, y compris venus d’Amérique du Nord. Mais ces atouts risquent de s’éroder si l’éducation et la recherche restent des variables d’ajustement budgétaire. « Il faut investir massivement », plaide-t-il, rappelant que l’innovation est au cœur de la montée en gamme industrielle.

S’inspirant du rapport Draghi de 2024, l’économiste imagine un marché du capital capable d’orienter l’épargne vers la technologie, l’industrie et les infrastructures. Contrairement au projet initial qui visait les 27, il propose de commencer par un noyau de pays prêts à harmoniser plus rapidement leurs règles financières. L’Allemagne ou la Suède pourraient faire partie des premiers volontaires, avant un élargissement progressif.

Cette méthode permettrait de lever certaines rigidités, à commencer par la politique européenne de la concurrence, jugée insuffisamment adaptée à la compétition mondiale. Philippe Aghion appelle également l’Europe à se doter d’outils comparables à ceux de la Darpa américaine, l’agence qui finance des innovations technologiques de rupture.

L’ambition est claire : réduire le fossé avec les États-Unis, renforcer la souveraineté industrielle européenne et relancer la productivité en misant sur l’innovation.

La filière automobile française au bord de la rupture, alerte le Sénat

Considérée depuis des décennies comme l’un des piliers de l’industrie nationale, la filière automobile française traverse une zone de fortes turbulences. Dans un rapport rendu public à l’automne, la commission des Affaires économiques du Sénat dresse un constat sévère : le secteur est engagé dans une crise profonde et systémique, qui pourrait conduire à un effondrement si aucune décision structurante n’est prise rapidement.

La filière représente aujourd’hui environ 350 000 emplois directs répartis sur près de 4 000 sites industriels. En incluant les activités en aval — sous-traitance, distribution, maintenance — ce sont près de 800 000 emplois qui dépendent directement ou indirectement de la santé de l’automobile. Un poids économique majeur, aussi bien au niveau national que dans de nombreux territoires. « L’automobile est la colonne vertébrale de notre industrie », rappelait Dominique Estrosi Sassone, présidente de la commission, lors de la présentation du rapport.

Pourtant, ce socle industriel vacille. Le document parlementaire pointe une accumulation de fragilités : perte de compétitivité, difficulté à s’adapter aux règles européennes, concurrence internationale exacerbée et essoufflement de la demande. Des signaux faibles devenus visibles, notamment avec la mise à l’arrêt temporaire de plusieurs sites du groupe Stellantis à Poissy, Mulhouse et Sochaux. Le constructeur justifie ces pauses par la nécessité d’ajuster sa production face à un marché atone, un phénomène observé simultanément en Allemagne, en Espagne, en Italie ou encore en Pologne.

Au cœur des inquiétudes figure la question de la compétitivité. Pour les sénateurs, la survie du secteur passe par une révision en profondeur du cadre européen. Dominique Estrosi Sassone plaide pour une actualisation du plan automobile européen, un chantier dont le principe a été confirmé par Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, auditionné au Sénat mi-octobre.

Le rapport dresse également un bilan sombre des deux dernières décennies. Depuis la pandémie de Covid-19, les ventes de véhicules particuliers ont reculé d’environ 20 % en France. À plus long terme, la part française dans la production automobile européenne a chuté de 12 points entre 2000 et 2020. Une érosion attribuée en grande partie à des années de délocalisations vers des pays à bas coûts. Pour Alain Cadec, le risque est clair : sans inflexion rapide, l’automobile pourrait connaître le même sort que la sidérurgie.

Les sénateurs se montrent particulièrement critiques à l’égard des objectifs climatiques européens, et notamment de l’interdiction programmée de la vente de voitures thermiques neuves à partir de 2035. Une échéance jugée trop brutale pour des constructeurs déjà contraints d’investir massivement dans l’électrique, alors même que le marché se contracte. Alain Cadec parle d’une stratégie qui affaiblit l’industrie européenne, plaidant pour un report de cette date, une position également défendue par le chancelier allemand Friedrich Merz.

À cette pression réglementaire s’ajoute une concurrence internationale jugée déloyale. La Chine, devenue le premier producteur mondial de véhicules électriques, inquiète particulièrement les parlementaires. Selon Annick Jacquemet, rapporteure du texte, les exportations chinoises ont explosé en quelques années, portées par une politique industrielle très interventionniste, des subventions massives et des coûts de production nettement inférieurs. Résultat : des véhicules vendus jusqu’à 30 % moins cher que leurs équivalents européens, à qualité comparable.

Dans ce contexte, la commission sénatoriale estime que la question dépasse le seul cadre économique. Il s’agit d’un enjeu de souveraineté industrielle, mais aussi stratégique. Pour éviter que l’Europe ne se contente d’importer des véhicules produits ailleurs, le rapport propose des mesures offensives : droits de douane temporaires sur certains véhicules et composants chinois, exigences renforcées de contenu local et objectif de production européenne de batteries à l’horizon 2035.

La compétitivité passe aussi par l’innovation. Les sénateurs appellent à renforcer les investissements en recherche et développement, à soutenir les gigafactories et à accélérer le développement des logiciels embarqués, devenus centraux dans la valeur ajoutée automobile.

Enfin, le rapport insiste sur l’accessibilité des véhicules. Sans opposer thermique et électrique, les élus soulignent la nécessité de laisser du temps à l’industrie comme aux consommateurs. Le coût d’entrée de l’électrique reste élevé, notamment pour les ménages modestes, d’autant que les constructeurs ont privilégié ces dernières années des modèles plus haut de gamme. La commission recommande donc de flécher les aides publiques vers la production de petits véhicules abordables, de structurer un marché de l’occasion électrique avec un diagnostic batterie certifié et de renforcer les dispositifs de leasing social, en France comme à l’échelle européenne.

Pour les sénateurs, l’urgence est réelle. Sans décisions rapides et coordonnées, la filière automobile française risque de perdre durablement son rôle moteur dans l’économie nationale.

Commerce : en Afrique, la Russie peine encore à transformer l’essai économique

Présente sur le continent africain par ses réseaux diplomatiques, sécuritaires et militaires, la Russie affiche depuis plusieurs années une ambition claire : renforcer ses échanges commerciaux avec ses partenaires africains. Mais malgré une rhétorique volontariste et des sommets à forte portée symbolique, Moscou reste très loin derrière les grandes puissances économiques déjà solidement implantées sur le continent.

Réunis ce week-end au Caire à l’initiative de la Russie, les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays africains et responsables d’organisations régionales ont affiché leur volonté commune de renforcer les liens économiques. À l’issue de cette conférence ministérielle, aucune feuille de route précise ni nouvel accord structurant n’a toutefois été annoncé. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est contenté d’évoquer un engagement général à « faire progresser rapidement la coopération » dans les domaines du commerce, de l’énergie et de l’investissement.

Une dynamique encore largement symbolique

Plus d’une soixantaine de délégations africaines étaient représentées lors de cette rencontre, dont une trentaine au niveau ministériel. L’événement avait aussi pour objectif de relancer la dynamique avant un sommet Russie-Afrique prévu en 2026, cette fois en présence de chefs d’État. Le premier rendez-vous du genre s’était tenu à Sotchi en 2019, en grande pompe, avec la participation de 43 dirigeants africains.

À l’époque, le président russe Vladimir Poutine avait affiché un objectif ambitieux : doubler le volume des échanges commerciaux entre la Russie et l’Afrique pour atteindre 40 milliards de dollars à l’horizon 2024. Un cap qui n’a finalement pas été atteint.

Des échanges encore très déséquilibrés

En 2024, le commerce entre la Russie et le continent africain s’est établi à environ 24 milliards de dollars. Une progression réelle, mais très en deçà des ambitions initiales. Ces échanges restent en outre fortement déséquilibrés : près de 90 % des flux concernent des exportations russes vers l’Afrique, avec une forte concentration sur certains pays, au premier rang desquels l’Égypte.

Sur le plan sectoriel, la structure des échanges évolue peu. Malgré les discours sur la diversification, les exportations russes reposent toujours largement sur les hydrocarbures, les céréales – notamment le blé – et certains produits métallurgiques. Les biens manufacturés à forte valeur ajoutée restent marginaux.

Un retard massif face aux grandes puissances

La comparaison avec les autres partenaires du continent souligne le retard russe. En 2024, les échanges commerciaux entre l’Union européenne et l’Afrique ont atteint 355 milliards de dollars, tandis que ceux de la Chine se sont élevés à 296 milliards. Des ordres de grandeur sans commune mesure avec les chiffres russes.

Pour autant, certains responsables africains appellent à la patience. En marge de la conférence du Caire, le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, a rappelé que le partenariat économique avec la Russie restait relativement récent par rapport à ceux noués avec l’Europe ou la Chine, estimant qu’il devait encore gagner en maturité.

Des investissements quasi inexistants

Au-delà du commerce, la faiblesse de la présence économique russe se manifeste surtout dans les investissements directs. Les entreprises russes ne représentent qu’une part infime des flux d’investissements étrangers en Afrique. Plusieurs projets annoncés ces dernières années, notamment dans les secteurs minier et énergétique, n’ont jamais dépassé le stade des intentions.

L’invasion de l’Ukraine en 2022 et le durcissement des sanctions occidentales ont par ailleurs freiné, voire stoppé, un certain nombre d’initiatives russes sur le continent, compliquant l’accès aux financements, aux technologies et aux assurances internationales.

Une influence avant tout politique et militaire

Ce contraste est d’autant plus frappant que la Russie a, dans le même temps, consolidé son influence diplomatique et sécuritaire en Afrique. Moscou multiplie les accords de coopération militaire et s’appuie sur un discours résolument critique à l’égard des puissances occidentales, accompagné de campagnes de communication et de désinformation bien rodées.

Sur le terrain, la présence russe s’incarne notamment à travers l’Africa Corps, héritier du groupe Wagner, déployé dans plusieurs pays, en particulier au Sahel, après le retrait des forces françaises. Malgré la guerre en Ukraine, la Russie demeure par ailleurs le premier fournisseur d’armes du continent africain, représentant 21 % des importations d’armement sur la période 2020-2024, selon les données du Stockholm International Peace Research Institute.

Reste à savoir si cette influence politique et militaire pourra, à terme, se traduire par un véritable ancrage économique. Pour l’heure, malgré ses efforts et ses ambitions affichées, la Russie demeure un acteur commercial secondaire sur un continent où la concurrence internationale est plus vive que jamais.

L’expert-comptable, un pilier silencieux mais indispensable de la vie des entreprises

Souvent perçu comme un technicien des chiffres, l’expert-comptable joue en réalité un rôle stratégique dans la gestion, la conformité et le développement des entreprises. Dans un environnement économique de plus en plus complexe, sa présence apparaît comme un véritable facteur de sécurité et de performance.

L’expert comptable : un partenaire au cœur de la santé financière

Dans l’imaginaire collectif, l’expert-comptable se limite à la tenue des comptes et à la production du bilan annuel. En réalité, son rôle dépasse largement cette vision réductrice. Il est le garant de la qualité de l’information financière, un point crucial pour les dirigeants, les banques, les investisseurs et même l’administration fiscale.

L’entreprise a besoin de données fiables pour prendre des décisions éclairées : investissements, recrutements, ajustements budgétaires, prévisions de trésorerie. L’expert-comptable fournit ces éléments en veillant à ce que chaque chiffre reflète la réalité de l’activité. Grâce à sa maîtrise des normes comptables, il sécurise l’entreprise face aux erreurs, aux omissions et aux risques fiscaux.

Plus encore, il joue un rôle d’alerte. En analysant les ratios financiers, les flux et les tendances, il repère les signaux faibles qui peuvent annoncer une difficulté future, comme une baisse de marge, un allongement des délais de paiement ou une hausse incontrôlée des charges. Son expertise permet souvent d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Un acteur clé de la conformité et de la gestion des risques

La pression réglementaire ne cesse de s’intensifier, quelle que soit la taille de l’entreprise. Entre les nouvelles normes fiscales, sociales et administratives, les obligations déclaratives mensuelles ou annuelles, et les contrôles de plus en plus fréquents, les dirigeants doivent jongler avec une multitude de règles mouvantes.

L’expert-comptable est alors un véritable bouclier. Il assure la conformité des comptes, maîtrise les exigences légales, anticipe les évolutions réglementaires et accompagne l’entreprise lors des contrôles de l’administration. En cela, il protège non seulement les intérêts financiers de son client, mais aussi sa réputation et sa tranquillité d’esprit.

Sa connaissance fine du droit fiscal permet également d’optimiser la situation de l’entreprise dans le respect total de la réglementation. De nombreuses décisions — choix du statut juridique, gestion des amortissements, arbitrages entre rémunération et dividendes — gagnent à être prises avec son éclairage.

Bien plus qu’un comptable : un conseiller stratégique

L’expert-comptable est souvent l’un des interlocuteurs les plus proches du dirigeant. Il connaît les chiffres, mais aussi les projets, les difficultés, les ambitions. Cette compréhension globale lui permet d’accompagner l’entreprise dans ses grandes étapes : création, croissance, levée de fonds, restructuration, transmission.

Dans les petites structures, il joue parfois le rôle de directeur financier externalisé, apportant une vision stratégique que l’entreprise ne pourrait s’offrir en interne. Il aide à bâtir des business plans, à analyser la rentabilité de nouveaux projets, à structurer des financements ou encore à piloter la trésorerie.

Dans les organisations plus grandes, il agit comme un partenaire indépendant, garant d’une vision extérieure et d’un diagnostic objectif. Cette neutralité constitue un atout précieux pour éclairer des décisions sensibles.

Un métier en pleine transformation

Le numérique a profondément modifié la pratique comptable. La dématérialisation, l’automatisation et les outils d’intelligence artificielle simplifient de nombreuses tâches techniques. Certains prédisaient que le métier disparaîtrait. C’est pourtant l’inverse qui se produit : en se libérant du temps grâce aux outils digitaux, l’expert-comptable se recentre sur la valeur ajoutée.

Conseil, analyse, accompagnement stratégique, prévention des risques, pilotage de la performance : son rôle devient plus humain, plus décisionnel. Les entreprises, confrontées à une concurrence accrue et à des environnements instables, ont plus que jamais besoin de ce type d’expertise personnalisée.

Parallèlement, les compétences de l’expert-comptable s’élargissent : cybersécurité, durabilité, RSE, transition numérique. Autant de domaines où il joue désormais un rôle d’accompagnement auprès des dirigeants.

Un allié indispensable pour l’avenir des entreprises

La figure de l’expert-comptable a changé. Il n’est plus seulement le gardien des comptes, mais un véritable copilote du dirigeant. Sa capacité à sécuriser les finances, prévenir les risques, interpréter les chiffres et guider la stratégie en fait un acteur décisif dans la réussite des entreprises, des plus petites aux plus ambitieuses.

Dans un monde où l’incertitude devient la norme, l’expert-comptable apparaît comme un repère. Sa valeur repose autant sur sa rigueur que sur son accompagnement humain, deux qualités que les outils technologiques ne pourront jamais remplacer totalement.

France Télévisions : un pilier du service public au cœur de la vie démocratique et culturelle

Présent dans les foyers depuis des décennies, France Télévisions occupe une place essentielle dans le paysage audiovisuel français. Porteur des missions de service public, garant de l’indépendance de l’information, acteur culturel majeur et force d’innovation, le groupe doit continuellement s’adapter à un environnement médiatique dominé par les plateformes et les réseaux sociaux.

Missions fondamentales au service du public

France Télévisions repose sur un triptyque central : informer, divertir et éduquer. Ces trois piliers structurent l’ensemble de son offre et définissent sa raison d’être.

L’information occupe une place stratégique : journaux télévisés, chaînes d’info en continu, magazines d’investigation… Le groupe s’attache à garantir rigueur, indépendance et pluralisme. Dans un contexte de désinformation croissante, cette stabilité représente un repère pour le public.

La culture, elle aussi, est au cœur du projet éditorial. Concerts, documentaires, théâtre filmé, émissions littéraires et créations originales offrent un accès large et gratuit à la vie artistique française — une mission que peu d’acteurs privés revendiquent aujourd’hui.

La proximité constitue une singularité forte. Grâce à France 3 et aux antennes ultramarines de La 1ère, les régions, les territoires et leurs actualités sont visibles au niveau national, contribuant à une représentation équilibrée du pays.

Offre diversifiée pour rassembler tous les publics

France Télévisions s’appuie sur plusieurs chaînes aux identités complémentaires afin de toucher un public très large.

France 2 joue le rôle de chaîne généraliste, tandis que France 3 renforce son ancrage territorial. France 5 met l’accent sur la connaissance et le documentaire. France 4 s’adresse en grande partie à la jeunesse et à l’éducation. Franceinfo apporte un suivi en continu des événements nationaux et internationaux.

Cette diversité permet de couvrir tous les registres : fiction, sport, débat, divertissement, investigation, programmes jeunesse ou émissions pédagogiques. Le groupe entretient également un lien fort avec la création française, soutenant la production audiovisuelle locale et révélant de nouveaux talents.

Transformation numérique au cœur des enjeux

Face à l’évolution des usages, France Télévisions a accéléré sa transition numérique.

La plateforme France.tv donne accès à des milliers d’heures de contenus en direct ou en replay. Elle propose une consommation plus souple, personnalisée et compatible avec les attentes du public jeune, qui privilégie l’écran mobile.

Le groupe investit aussi dans les formats digitaux : vidéos courtes, programmes éducatifs pour les réseaux sociaux, reportages adaptés au web. Cette stratégie vise à maintenir une présence forte dans les espaces où l’attention se disperse rapidement et où circulent de nombreuses informations non vérifiées.

Les innovations technologiques renforcent l’accessibilité : sous-titrage, audiodescription, haute définition et services destinés aux publics en situation de handicap. L’objectif est clair : un service public réellement ouvert à tous.

Rôle démocratique et social incontournable

France Télévisions occupe une fonction clé dans la vie démocratique.

Ses rédactions appliquent des règles de pluralisme strictes, notamment lors des campagnes électorales. Le groupe organise des débats, diffuse des émissions citoyennes et garantit une couverture équilibrée des sensibilités politiques.

Son rôle social est également majeur : mise en lumière d’initiatives solidaires, partenariats associatifs, campagnes de prévention, valorisation de la diversité. L’ensemble contribue à renforcer la cohésion nationale et à représenter la société française dans toute sa pluralité.

Défis et perspectives dans un paysage en mutation

Le groupe doit évoluer dans un environnement marqué par la concurrence des plateformes mondiales, la fragmentation des audiences et les incertitudes économiques.

Son défi principal : conserver l’attrait d’une offre généraliste gratuite, tout en poursuivant sa mission de service public. Cela suppose d’innover, de renforcer la qualité éditoriale et de consolider les liens avec les différents publics.

Malgré ces défis, France Télévisions demeure un acteur essentiel du paysage médiatique français. Par son rôle démocratique, culturel et social, il reste un repère indispensable dans une époque où l’information circule vite, souvent sans filtre et sans garantie de fiabilité.

Chocmod, la PME du Nord qui règne sur la truffe en chocolat dans le monde

Dans l’usine de la Chocolaterie Moderne à Roncq, près de Lille, les truffes en chocolat défilent par milliers sur les tapis roulants. Un ballet continu qui illustre l’ampleur de la production de Chocmod, PME familiale devenue leader mondial de la truffe en chocolat avec près de 800 millions de bouchées fabriquées chaque année.

Une usine où la truffe est reine

Tony Boddez, directeur du site, observe avec fierté les équipes à l’œuvre. Derrière chaque boîte, dit-il, se cache une quantité de travail considérable. Et pour cause : la truffe représente à elle seule 80 % de la production de l’entreprise. En haute saison, particulièrement à l’approche de Noël, les volumes explosent : jusqu’à 5 millions de truffes sortent chaque jour des ateliers.

La PME, qui a su préserver son ancrage artisanal tout en devenant un acteur mondial, exporte désormais dans plus de soixante pays. Une usine a même été ouverte au Canada en 2011, afin de contourner les droits de douane américains.

Une production entièrement maîtrisée

Dans la salle des matières premières, les cuves de cacao, d’huile de coco et de sucre s’alignent. Le processus est intégralement assuré sur le site de Roncq : broyage, préparation de la pâte à truffe, dressage, enrobage, maturation, ensachage. Un savoir-faire complet dont l’entreprise est fière.

Soixante-dix salariés travaillent en permanence dans l’usine, un effectif qui triple lors des mois les plus chargés. La maîtrise de l’ensemble de la chaîne permet à Chocmod d’être extrêmement réactive. Une idée peut être testée en quelques jours seulement, souligne Tony Boddez, qui revendique cette agilité comme l’une des forces du groupe.

Innover pour moderniser un produit centenaire

La truffe en chocolat, inventée en 1895 à Chambéry par le chocolatier Louis Dufour, garde parfois l’image d’un produit traditionnel, voire un peu daté. Chocmod cherche justement à la renouveler. L’entreprise a développé 52 recettes afin de s’adapter aux goûts de chaque marché.

Les exemples ne manquent pas : framboise pour le Brésil, sirop d’érable pour le Canada, menthe pour les pays anglo-saxons. En France, les palais préfèrent des saveurs plus classiques, comme le lait, la noisette ou l’amande. L’international représente désormais 80 % des ventes.

La guimauve, l’autre force de la maison

Chocmod ne mise pas uniquement sur la truffe. La guimauve constitue l’autre pilier historique de la chocolaterie. Et lorsque le cours du cacao grimpe, elle devient un atout stratégique. L’ourson en guimauve, produit emblématique de la marque, séduit de plus en plus à l’étranger et soutient la croissance.

Résultat : la PME se porte bien. Son chiffre d’affaires devrait atteindre 55 millions d’euros en 2025, soit 11 millions de plus que l’année précédente. L’entreprise vise également une hausse de 10 millions supplémentaires dans les cinq ans.

Une tradition française devenue succès mondial

Avec ses racines ancrées dans le Nord depuis 1948 et une capacité d’innovation constante, Chocmod incarne la réussite d’une PME française capable d’allier tradition, industrialisation et adaptation aux marchés internationaux. Derrière chaque truffe, chaque bouchée de guimauve, se déploie un savoir-faire qui a su conquérir les gourmands des quatre coins du monde.

Instabilité politique : des entreprises françaises paralysées, seules 10 % anticipent une croissance

Dans un climat économique marqué par l’incertitude, les entreprises françaises peinent à envisager l’avenir avec optimisme. Une étude du cabinet ARC, publiée mercredi, montre à quel point les turbulences politiques influencent aujourd’hui les décisions des dirigeants : l’instabilité politique s’impose comme leur première source d’inquiétude, reléguant au second plan les tensions sociales ou les hausses d’impôts.

L’incertitude politique, facteur numéro un d’inquiétude

Selon cette enquête menée en octobre auprès de 200 entreprises de plus de 50 salariés, 75 % des dirigeants placent l’instabilité politique en tête de leurs préoccupations. Ce diagnostic dépasse désormais les difficultés sociales (67 %) et la pression fiscale (55 %). À leurs yeux, la situation politique fragilise la prévisibilité indispensable à l’investissement.

Denis Le Bossé, président du cabinet ARC, résume le sentiment de nombreux chefs d’entreprise : « Elles se sentent otages de la situation politique ». Par prudence, les entreprises renoncent aux investissements jugés non essentiels et ralentissent leurs embauches.

L pessimisme est généralisé : 89 % des entreprises anticipent une dégradation de la conjoncture française dans les six mois à venir. Une vision sombre qui pèse sur les stratégies de développement.

Une croissance en berne, un risque de défaillances en hausse

Interrogées sur l’évolution de leur propre activité, la majorité des entreprises adoptent une position attentiste. Elles sont 72 % à prévoir une stabilité dans les six prochains mois, une proportion en léger recul depuis avril. En revanche, celles qui anticipent un recul sont plus nombreuses (18 %, +4 points). Et seules 10 % pensent pouvoir enregistrer une croissance — un niveau historiquement faible, en baisse continue depuis un an.

Cette prudence s’accompagne de craintes très fortes sur la capacité de leurs clients à tenir le choc : 97 % s’attendent à une hausse des dépôts de bilan dans les mois à venir. Une anticipation cohérente avec les chiffres de la Banque de France, qui recense 68 227 défaillances entre octobre 2024 et septembre 2025 — un niveau élevé qui continue d’augmenter.

Autre enseignement inquiétant de l’étude : 66 % des dirigeants estiment ne pas être suffisamment accompagnés sur le plan juridique pour prévenir ou gérer les difficultés financières de leur entreprise.

Des trésoreries sous tension et un rapport de force entre entreprises

Face à des besoins de trésorerie grandissants, la majorité des entreprises adoptent des pratiques qui fragilisent l’ensemble du tissu économique. Ainsi, 75 % allongent les délais de paiement de leurs fournisseurs, un levier largement utilisé devant le recours au découvert bancaire (54 %). Une stratégie qui fait peser les difficultés en cascade sur les structures les plus fragiles.

La Banque de France rappelait en octobre que les grandes entreprises sont les plus mauvais payeurs, au point qu’elles auraient perdu 12 milliards d’euros de trésorerie en 2024 si elles avaient honoré leurs factures dans les délais légaux. « Un rapport de force délétère s’installe entre les entreprises, au détriment des plus petites », déplore Denis Le Bossé.

Dans ce contexte, 77 % des entreprises interrogées souhaitent un durcissement des sanctions contre les retards de paiement. Beaucoup plaident pour que les amendes deviennent proportionnelles au chiffre d’affaires des entreprises fautives, au lieu du plafond actuel de 2 millions d’euros.

Une proposition de loi allant dans ce sens a d’ailleurs été déposée fin octobre par le sénateur LR Olivier Rietmann, qui suggère d’instaurer des amendes pouvant atteindre 1 % du chiffre d’affaires mondial.

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