Accord UE-Mercosur : l’agriculture brésilienne face à une nouvelle ère commerciale

L’ouverture accrue du marché européen aux produits agricoles du Mercosur pourrait offrir de nouvelles perspectives aux exportateurs brésiliens de soja, de sucre et de viande bovine. Cette opportunité économique nourrit cependant les inquiétudes des organisations environnementales et des représentants de l’agriculture familiale, qui redoutent une intensification de la pression sur les terres et les écosystèmes.

Après plus de vingt-cinq années de négociations, l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur ouvre la voie à une transformation importante des échanges entre les deux blocs.

Au Brésil, première économie du Mercosur, le secteur agricole figure parmi les principaux bénéficiaires attendus. Le pays occupe déjà une place majeure sur les marchés mondiaux du soja, de la viande bovine, du sucre ou encore du jus d’orange.

L’abaissement de certaines barrières douanières européennes pourrait désormais renforcer ces exportations. Selon une estimation de l’Insper, institut d’enseignement et de recherche basé à São Paulo, les ventes agricoles brésiliennes à destination de l’Europe pourraient progresser de 2 à 7 % sous l’effet de l’accord.

Les organisations représentant les grands producteurs agricoles brésiliens accueillent donc favorablement le rapprochement commercial avec l’Europe. Mais ses conséquences potentielles font l’objet d’un débat beaucoup plus large au Brésil.

Soja, viande et sucre parmi les secteurs concernés

Plusieurs productions agricoles stratégiques pour l’économie brésilienne sont directement concernées par la réduction ou la suppression de droits de douane, parfois dans les limites de quotas prévus par l’accord.

C’est notamment le cas du soja, du sucre et de la viande bovine.

Ces filières sont largement tournées vers l’exportation et reposent en partie sur de très grandes exploitations. Le Brésil présente en effet une concentration foncière particulièrement importante : environ 1 % des propriétés agricoles représenteraient près de la moitié des terres cultivées.

L’accord pourrait donc consolider la position économique des grands groupes et propriétaires déjà présents sur les marchés internationaux.

Cette perspective inquiète certaines organisations représentant les populations rurales et l’agriculture familiale. Elles craignent que la priorité accordée aux grandes cultures d’exportation ne détourne davantage de terres et de capitaux des exploitations de plus petite taille destinées notamment au marché intérieur.

La déforestation au cœur des inquiétudes

La question environnementale constitue l’un des principaux points de tension entourant le développement de l’agriculture brésilienne.

Selon les données du réseau MapBiomas, l’agriculture et l’élevage ont joué un rôle déterminant dans la déforestation enregistrée au Brésil ces dernières années. Entre 2019 et 2024, la quasi-totalité des pertes de végétation naturelle recensées dans le pays étaient associées à des activités agricoles.

Une augmentation de la demande européenne pourrait donc accentuer la pression sur certains territoires si la hausse de production nécessite de nouvelles surfaces.

Une étude remise au gouvernement français en 2020 avait notamment cherché à mesurer les conséquences d’une augmentation de la production bovine dans les pays du Mercosur. Elle estimait que plusieurs centaines de milliers d’hectares supplémentaires pourraient être concernés par la déforestation.

Ces projections restent débattues et dépendent notamment de l’évolution des rendements, des pratiques agricoles et de l’application des réglementations environnementales.

Elles illustrent néanmoins l’un des principaux défis du traité : développer les échanges commerciaux sans encourager indirectement l’expansion agricole au détriment des forêts.

La question sensible des pesticides

L’utilisation des produits phytosanitaires constitue une autre source de préoccupation.

L’agriculture brésilienne consomme d’importantes quantités de pesticides, en particulier dans les grandes cultures intensives. Le soja, le maïs et la canne à sucre concentrent une part très importante de leur utilisation.

Le sujet concerne également directement l’Europe. Des entreprises européennes continuent d’exporter vers des pays tiers certaines substances dont l’utilisation n’est plus autorisée au sein de l’Union européenne.

Selon une enquête menée par les organisations Public Eye et Unearthed, près de 20 000 tonnes de pesticides interdits d’utilisation dans l’UE auraient été exportées vers les pays du Mercosur en 2024. Le Brésil représentait la majeure partie de ces volumes.

Les opposants à l’accord craignent qu’une intensification des grandes productions agricoles destinées à l’exportation ne conduise à une augmentation supplémentaire de l’utilisation de ces produits.

La question possède également une dimension sanitaire. Les autorités brésiliennes recensent depuis plusieurs années des dizaines de milliers de cas d’intoxication associés aux pesticides, tandis que les spécialistes considèrent qu’une partie importante des incidents n’est jamais déclarée.

Les petits agriculteurs redoutent un déséquilibre

Au-delà de l’environnement, le débat concerne le modèle de développement agricole que le Brésil souhaite privilégier.

Le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) et d’autres organisations proches de l’agriculture familiale contestent depuis plusieurs années l’accord avec l’Union européenne.

Selon ses détracteurs, celui-ci risque de renforcer un modèle dans lequel le Brésil exporte principalement des matières premières agricoles tandis qu’il importe davantage de produits industriels et technologiques européens.

Ils craignent également que les grandes exploitations exportatrices disposent de moyens supplémentaires pour acquérir des terres et investir, renforçant encore la concentration du secteur agricole.

Les défenseurs du traité mettent au contraire en avant les débouchés commerciaux supplémentaires, l’arrivée potentielle d’investissements et une meilleure intégration du Brésil aux échanges internationaux.

Commerce et environnement, un équilibre délicat

L’accord soulève enfin une question plus générale concernant l’articulation entre politique commerciale et réglementation environnementale.

Certaines dispositions permettent à une partie de demander des consultations lorsqu’elle considère qu’une nouvelle mesure adoptée par son partenaire porte atteinte aux avantages commerciaux prévus par l’accord. Des mécanismes de médiation et de règlement des différends sont également prévus.

Pour les organisations environnementales, ces dispositions doivent être suffisamment encadrées pour éviter qu’elles ne découragent l’adoption de nouvelles réglementations écologiques.

Le débat illustre les contradictions auxquelles sont confrontés aussi bien le gouvernement brésilien que les dirigeants européens. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a fait de la lutte contre la déforestation l’un des marqueurs de son retour au pouvoir, tout en défendant fortement les intérêts commerciaux du Brésil et le développement de ses exportations.

L’accord UE-Mercosur pourrait ainsi représenter une opportunité considérable pour l’agriculture brésilienne. Son impact à long terme dépendra cependant largement des conditions dans lesquelles cette croissance sera organisée et de la capacité des deux blocs à faire coexister développement des échanges, protection des écosystèmes et soutien aux différentes formes d’agriculture.

La migration, un moteur important de l’économie mondiale selon l’OIM

Les migrations occupent une place croissante dans l’économie mondiale. Selon un nouveau rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les sommes envoyées par les migrants vers leur pays d’origine ont atteint plus de 900 milliards de dollars en 2024. Au-delà de ces transferts, l’organisation souligne également leur contribution aux économies des pays d’accueil.

Les migrations internationales ne se limitent pas aux déplacements de population. Elles génèrent également d’importants flux économiques entre les pays et participent, selon l’Organisation internationale pour les migrations, au développement de nombreuses économies.

Les diasporas contribuent notamment à entretenir des relations économiques et sociales avec leur pays d’origine. Ces liens prennent différentes formes, des transferts d’argent aux investissements, en passant par la circulation des compétences et le partage de connaissances.

905 milliards de dollars transférés en 2024

L’ampleur des rapatriements de fonds illustre le poids économique pris par ces échanges. En 2024, les sommes envoyées par les migrants dans leur pays d’origine sont estimées à 905 milliards de dollars à l’échelle mondiale.

Sur ce total, environ 685 milliards de dollars ont été dirigés vers des pays à revenu faible ou intermédiaire. Selon l’OIM, ces transferts représentent désormais des montants supérieurs à ceux de l’aide publique au développement et des investissements directs étrangers réunis.

Cette contribution prend une importance particulière dans un contexte de diminution de l’aide publique au développement accordée par plusieurs économies avancées, notamment aux États-Unis et en Europe.

Plus de 300 millions de migrants internationaux

Le nombre de personnes vivant dans un autre pays que leur pays d’origine continue également de progresser. À la mi-2024, environ 304 millions de migrants internationaux étaient recensés dans le monde. Ils représentaient ainsi près de 3,7 % de la population mondiale.

Le nombre de travailleurs migrants suit la même tendance. Entre 2013 et 2022, il a augmenté de plus de 30 millions de personnes, selon les dernières données disponibles citées par l’organisation.

Pour l’OIM, cette mobilité contribue aussi directement aux économies des pays de destination, notamment en participant au marché du travail et à l’activité économique. « Partout dans le monde, la migration contribue à la création d’emplois, à la croissance économique, à la stabilité et à la cohésion sociale », souligne Amy Pope, directrice générale de l’organisation.

L’OIM appelle à faciliter les migrations régulières

Face à ces constats, l’organisation internationale plaide pour plusieurs mesures destinées à préserver et renforcer les bénéfices économiques associés aux migrations. Elle préconise notamment de développer des voies de migration régulières et sûres, de réduire le coût des transferts d’argent internationaux et de favoriser la mobilité des compétences.

L’OIM insiste également sur l’importance de la coopération entre États. Tout en rappelant que chaque pays reste libre de déterminer sa propre politique migratoire, Amy Pope estime qu’une coordination aux niveaux régional et international permet de mieux encadrer les flux migratoires.

Selon l’organisation, une migration mieux organisée pourrait ainsi favoriser à la fois les économies des pays d’accueil, le développement des pays d’origine et les conditions de vie des personnes concernées.

Agro-business : comment le secteur agricole se transforme face aux nouveaux défis

L’agro-business occupe une place centrale dans l’économie mondiale. De la production agricole à la transformation des aliments, en passant par leur transport et leur commercialisation, il rassemble une multitude d’acteurs dont l’activité permet d’approvisionner quotidiennement les consommateurs. Mais le secteur évolue aujourd’hui dans un environnement complexe, entre changement climatique, hausse des coûts, nouvelles attentes alimentaires et nécessité de réduire son impact environnemental.

L’agro-business ne se limite pas aux grandes exploitations agricoles ou aux multinationales de l’alimentation. Le terme désigne plus largement l’ensemble des activités économiques directement ou indirectement liées à l’agriculture. Il englobe les producteurs, les fournisseurs de semences et d’équipements, les entreprises agroalimentaires, les spécialistes de la logistique ou encore les distributeurs.

Cette organisation forme une chaîne particulièrement interdépendante. Une évolution du prix des engrais, de l’énergie ou des matières premières agricoles peut ainsi rapidement se répercuter sur les industriels, les distributeurs et, à terme, sur le prix payé par les consommateurs.

Produire davantage dans un contexte climatique plus incertain

L’un des principaux défis de l’agro-business consiste à sécuriser la production agricole alors que les conditions climatiques deviennent plus difficiles à anticiper. Sécheresses, épisodes de chaleur, inondations ou manque d’eau peuvent affecter les rendements et fragiliser certaines filières.

Cette situation pousse les acteurs du secteur à rechercher des modèles plus résilients. La sélection de variétés adaptées aux nouvelles conditions climatiques, l’amélioration de la gestion de l’eau, la diversification des cultures ou encore le développement de pratiques permettant de préserver les sols occupent désormais une place importante dans les stratégies agricoles.

L’enjeu est également économique. Les exploitants doivent parvenir à maintenir une production suffisante tout en maîtrisant leurs charges et en répondant à des normes environnementales et sanitaires de plus en plus exigeantes.

La technologie gagne du terrain dans les exploitations

La transformation de l’agro-business passe également par le numérique. Agriculture de précision, capteurs connectés, images satellites, drones ou logiciels de gestion permettent de collecter une quantité croissante d’informations sur les cultures et les élevages.

Ces technologies peuvent notamment aider les agriculteurs à déterminer plus précisément les besoins en eau ou en fertilisants d’une parcelle. L’objectif consiste à utiliser les ressources au moment et à l’endroit où elles sont réellement nécessaires plutôt que d’appliquer des quantités uniformes sur l’ensemble d’une exploitation.

L’intelligence artificielle commence elle aussi à trouver des applications concrètes. L’analyse de données météorologiques, agronomiques et économiques peut faciliter certaines prises de décision, anticiper l’apparition de maladies ou contribuer à prévoir les rendements.

Cette modernisation nécessite néanmoins des investissements parfois importants. L’accès aux nouvelles technologies demeure donc très variable selon la taille des exploitations, les filières et les régions du monde.

Des consommateurs plus attentifs à l’origine des produits

Les transformations du secteur ne viennent pas uniquement des producteurs. Les habitudes de consommation évoluent également. Une partie des consommateurs souhaite désormais disposer de davantage d’informations sur l’origine des aliments, leur composition et leurs conditions de production.

La traçabilité devient par conséquent un enjeu commercial important pour les entreprises agroalimentaires et les distributeurs. Elle doit permettre de suivre un produit ou ses ingrédients au cours des différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement.

Dans le même temps, le développement des circuits courts, de l’agriculture biologique ou encore des produits bénéficiant de signes officiels de qualité montre que le prix n’est plus l’unique critère pris en compte par certains consommateurs. Les grands groupes agroalimentaires adaptent progressivement leurs gammes à ces nouvelles attentes.

Une chaîne mondiale particulièrement sensible aux crises

La mondialisation a profondément façonné l’agro-business. De nombreux produits agricoles parcourent aujourd’hui plusieurs milliers de kilomètres avant d’être transformés ou consommés. Certaines matières premières sont par ailleurs concentrées dans un nombre limité de pays producteurs.

Cette organisation permet d’alimenter des marchés considérables, mais elle crée aussi des dépendances. Une mauvaise récolte, un conflit géopolitique, une restriction à l’exportation ou une perturbation du transport maritime peut rapidement affecter les approvisionnements et provoquer des tensions sur les prix.

Les entreprises cherchent donc davantage à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Diversification des fournisseurs, constitution de stocks stratégiques et rapprochement de certaines productions figurent parmi les solutions envisagées pour limiter leur exposition aux crises.

Trouver un équilibre entre rentabilité et transition

L’avenir de l’agro-business se joue finalement autour d’un équilibre difficile à atteindre. Le secteur doit rester suffisamment productif et rentable pour répondre aux besoins alimentaires tout en limitant son impact sur les ressources naturelles et le climat.

Réduction des intrants, préservation de la biodiversité, meilleure gestion de l’eau, diminution du gaspillage alimentaire ou valorisation des déchets agricoles constituent autant de pistes actuellement développées.

Cette transition concerne toute la chaîne, des exploitations aux industriels en passant par les distributeurs. Elle pourrait profondément modifier le fonctionnement de l’agriculture et de l’industrie alimentaire au cours des prochaines décennies. L’agro-business ne doit ainsi plus seulement répondre à la question de la quantité produite : il doit également déterminer comment produire de manière durable, économiquement viable et suffisamment résiliente face aux bouleversements à venir.

La baisse du niveau du Rhin met sous pression l’industrie allemande

La sécheresse qui touche une grande partie de l’Europe cet été a des conséquences bien au-delà des enjeux environnementaux. En Allemagne, la diminution du niveau du Rhin perturbe fortement le transport fluvial et fragilise plusieurs secteurs industriels qui dépendent de ce fleuve pour leur approvisionnement en matières premières et l’expédition de leurs marchandises.

Sous l’effet d’un déficit prolongé de précipitations et de températures élevées, plusieurs portions du Rhin affichent des niveaux d’eau particulièrement faibles. Cette situation complique la circulation des péniches, qui doivent réduire leur chargement afin de pouvoir naviguer sans risque. Pour de nombreuses entreprises, cette contrainte entraîne une hausse des coûts logistiques et ralentit les chaînes d’approvisionnement.

Le Rhin constitue l’un des principaux axes de transport européens. Reliant les grands ports de la mer du Nord aux principales régions industrielles allemandes, il joue un rôle essentiel dans l’acheminement de produits pétroliers, de minerais, de charbon, de céréales, de produits chimiques ou encore de conteneurs. Une part très importante du trafic fluvial allemand transite chaque année par cette voie navigable.

Face à la baisse du niveau des eaux, les compagnies de navigation sont contraintes de multiplier les rotations ou d’utiliser des embarcations plus petites. Cette réduction de capacité se traduit par une augmentation des coûts du transport fluvial, certains industriels devant également recourir davantage au rail ou au transport routier pour maintenir leurs livraisons.

Les groupes industriels les plus exposés adaptent progressivement leur organisation. Les entreprises de la chimie, de la sidérurgie ou encore du raffinage mettent en place des solutions alternatives afin de limiter les perturbations, notamment en augmentant leurs capacités de stockage ou en diversifiant leurs moyens de transport. Malgré ces ajustements, plusieurs sites signalent déjà des difficultés d’approvisionnement susceptibles d’affecter leur production.

Le report des marchandises vers le rail et la route ne constitue toutefois pas une solution idéale. Les capacités ferroviaires demeurent limitées, tandis que le secteur du transport routier continue de faire face à une pénurie de conducteurs. Cette saturation des infrastructures complique encore davantage la gestion des flux logistiques.

Les répercussions pourraient également se faire sentir auprès des consommateurs. L’augmentation des coûts de transport risque de peser sur le prix de nombreux produits, qu’il s’agisse des carburants, des biens manufacturés ou de certaines marchandises alimentaires.

Les autorités allemandes cherchent désormais à limiter l’impact économique de cette situation. Des discussions ont été engagées avec les acteurs du transport, des ports et de l’industrie afin d’identifier des solutions à court terme. Plusieurs responsables politiques souhaitent également accélérer les projets d’aménagement du Rhin pour améliorer sa navigabilité lors des épisodes de basses eaux.

Au-delà de cette crise ponctuelle, la situation relance le débat sur l’adaptation des infrastructures aux conséquences du changement climatique. Les épisodes de sécheresse étant appelés à devenir plus fréquents, de nombreux économistes estiment que les entreprises devront intégrer ce risque dans leur stratégie logistique afin de renforcer la résilience de leurs chaînes d’approvisionnement.

Pour la première économie européenne, la baisse du niveau du Rhin rappelle ainsi à quel point les phénomènes climatiques peuvent désormais avoir des conséquences directes sur la production industrielle, les coûts de transport et la croissance économique.

L’Arcom condamne CNews à une amende de 200 000 euros pour deux émissions diffusées en 2025

L’Arcom a prononcé une sanction financière de 200 000 euros à l’encontre de CNews, estimant que deux émissions diffusées en 2025 contenaient des propos susceptibles d’alimenter la haine et les discriminations. La décision, rendue publique mercredi, a été contestée par la chaîne, qui a annoncé son intention de saisir le Conseil d’État.

Les faits reprochés concernent deux séquences diffusées en juin et en septembre 2025, notamment dans l’émission « 100 % Frontières ». Le régulateur met en cause plusieurs interventions d’Erik Tegnér, fondateur du média Frontières et chroniqueur de l’émission.

La première séquence portait sur les violences survenues après la victoire du Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des champions. Selon l’Arcom, les échanges diffusés à l’antenne établissaient un lien entre l’insécurité et les personnes issues de l’immigration. Le régulateur relève également qu’une vidéo d’Éric Zemmour, publiée initialement sur les réseaux sociaux, a été diffusée sans qu’un véritable contradicteur ne vienne en discuter le contenu. L’autorité considère par ailleurs que certains commentaires tenus sur le plateau, notamment l’utilisation du terme « barbares » pour qualifier les auteurs des violences, participaient à une lecture présentée comme relevant d’un affrontement civilisationnel.

La seconde émission concernait une séance du conseil communal de Molenbeek-Saint-Jean, en Belgique, au cours de laquelle une élue portant le voile était intervenue. D’après l’Arcom, plusieurs intervenants ont présenté cette situation comme l’illustration d’un prétendu « grand remplacement » qui toucherait également la France. L’autorité relève aussi des propos d’Erik Tegnér qualifiant l’islam de « religion de conquête ».

Au terme de son analyse, le régulateur estime que ces deux programmes étaient susceptibles d’alimenter des sentiments de peur et de rejet envers certaines catégories de la population, tout en favorisant des comportements discriminatoires. Il justifie le montant de la sanction par la gravité des manquements constatés ainsi que par les précédentes condamnations déjà prononcées contre la chaîne pour des faits similaires.

CNews conteste cette décision et a indiqué qu’elle déposerait un recours devant le Conseil d’État afin d’obtenir son annulation.

Solitude des dirigeants de PME : un sentiment d’isolement toujours plus marqué

Malgré un quotidien rythmé par les réunions, les échanges avec les équipes, les clients ou les partenaires, de nombreux dirigeants de PME continuent de faire face à une forme de solitude propre à leur fonction. Dix ans après une première étude sur le sujet, Bpifrance Le Lab constate que ce phénomène ne recule pas. Au contraire, il gagne en intensité, dans un contexte économique et géopolitique devenu particulièrement instable.

Selon l’enquête menée en 2026, près d’un chef d’entreprise sur deux (49 %) se considère aujourd’hui isolé, contre 46 % en 2016. Si cette progression reste modérée, la proportion de dirigeants se déclarant « très isolés » a nettement augmenté, passant de 11 % à 18 % en une décennie.

Pour Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance Le Lab, cette solitude ne relève pas d’un manque de relations sociales. Elle découle avant tout de la responsabilité inhérente au rôle de dirigeant, qui impose souvent de prendre seul les décisions les plus importantes.

Des crises successives qui accentuent la pression

Depuis dix ans, les dirigeants évoluent dans un environnement marqué par une succession de crises : pandémie de Covid-19, inflation, flambée des prix de l’énergie, guerre en Ukraine ou encore perturbations des chaînes d’approvisionnement. Cette accumulation a profondément modifié leur quotidien.

Les chefs d’entreprise évaluent désormais leur sentiment de solitude à 3,1 sur 5, contre 2,1 lors de la précédente étude. Cette perception grimpe à 4,1 chez ceux qui déclarent être systématiquement seuls lorsqu’ils doivent affronter des situations difficiles.

Cette pression permanente s’accompagne d’une exigence accrue en matière de communication. Les dirigeants doivent rassurer leurs collaborateurs, leurs clients, leurs fournisseurs et leurs partenaires tout en gérant des urgences de plus en plus nombreuses, souvent avec des ressources limitées.

Au-delà des crises conjoncturelles, les contraintes administratives demeurent la principale source de difficultés. Près de deux dirigeants sur trois (63 %) citent la complexité réglementaire comme premier facteur de solitude, devant l’incertitude économique (58 %). Beaucoup estiment consacrer une part croissante de leur temps aux obligations administratives, au détriment du développement de leur entreprise.

Une remise en question du sens de l’engagement

L’étude révèle également une interrogation croissante sur la vocation entrepreneuriale. Au cours des douze derniers mois, 75 % des dirigeants disent s’être demandé si leur engagement conservait encore du sens. Un tiers affirme se poser cette question très régulièrement, tandis que 42 % y sont confrontés de manière plus occasionnelle.

Le lien entre cette remise en question et le sentiment d’isolement apparaît particulièrement marqué. Parmi les dirigeants qui se déclarent très isolés, 93 % ont douté du sens de leur engagement. Même chez ceux qui se considèrent très entourés, près d’un sur deux reconnaît avoir traversé cette réflexion.

Ces difficultés se répercutent également sur la santé. Les dirigeants les plus isolés déclarent beaucoup plus fréquemment une dégradation de leur santé mentale et de leur sommeil que l’ensemble des répondants.

Un isolement qui évolue selon les étapes de l’entreprise

Le sentiment de solitude n’est pas uniforme au cours de la vie d’une entreprise. Il concerne environ trois dirigeants sur dix au moment de la création ou de la reprise d’une société. Cette proportion augmente après les premières années d’activité, puis atteint son niveau le plus élevé lors de la préparation de la transmission.

Les périodes de crise restent toutefois les plus difficiles. Plus de la moitié des dirigeants indiquent se sentir souvent ou systématiquement seuls lorsqu’ils traversent des difficultés importantes. À l’inverse, même les phases de réussite ne font pas totalement disparaître ce sentiment, un quart des répondants affirmant également le ressentir dans les moments de succès.

La nature de cette solitude varie selon les situations. Au démarrage, elle résulte souvent du manque d’expérience, de réseau ou de repères. Lors d’une transmission, elle est davantage liée à l’absence de relais compétents. Pendant les périodes difficiles, elle devient plus personnelle, les dirigeants hésitant à partager leurs inquiétudes avec leurs collaborateurs ou leurs proches.

À cela s’ajoute un sentiment de manque de reconnaissance. Près de deux tiers des chefs d’entreprise estiment que les préjugés dont les dirigeants font parfois l’objet alimentent leur isolement, certains allant jusqu’à expliquer qu’ils préfèrent taire leur profession dans certains contextes.

Des réseaux professionnels moins mobilisés

Face aux enjeux stratégiques ou opérationnels, les dirigeants sollicitent volontiers des conseils extérieurs. Quatre sur cinq déclarent s’appuyer sur des experts, des partenaires ou des accompagnateurs pour prendre leurs décisions.

En revanche, lorsque les difficultés deviennent plus personnelles, le réflexe est souvent inverse. En cas de surcharge mentale ou émotionnelle, 43 % des dirigeants affirment gérer seuls leurs difficultés, sans rechercher d’accompagnement.

Enfin, si la participation aux réseaux d’entrepreneurs progresse légèrement depuis dix ans, l’engagement dans les organisations patronales ou syndicales continue de diminuer. La fréquentation des salons professionnels recule également fortement, signe d’un repli progressif qui peut contribuer à renforcer encore davantage le sentiment d’isolement des dirigeants.

L’automobile européenne face à une surcapacité historique : jusqu’à un tiers des usines menacées

L’industrie automobile européenne est confrontée à une crise structurelle qui pourrait entraîner une profonde restructuration de son appareil industriel. Selon une étude du cabinet de conseil BCG, les usines du continent ne fonctionnent aujourd’hui qu’à 59 % de leurs capacités en moyenne, un niveau très inférieur au seuil d’environ 80 % généralement considéré comme nécessaire pour assurer leur rentabilité.

Cette sous-utilisation des sites de production résulte d’un déséquilibre durable entre les capacités industrielles et la demande mondiale de véhicules. Les analystes estiment que l’Europe dispose d’une capacité excédentaire de près de 5,4 millions de véhicules par an, soit l’équivalent de plus de 35 usines sur les quelque 90 implantées sur le continent.

La France également concernée

La situation touche directement l’industrie française. En quelques années, la production nationale est passée d’environ 1,7 million de véhicules en 2019 à près d’un million en 2025, illustrant le ralentissement du secteur.

Pour les experts du BCG, une restructuration apparaît désormais difficilement évitable. Selon eux, plusieurs fermetures de sites pourraient intervenir en Europe au cours des trois à cinq prochaines années afin d’adapter les capacités de production aux volumes réellement demandés par le marché.

Les grands constructeurs accélèrent leur restructuration

Plusieurs groupes automobiles ont déjà engagé des mesures de réduction de leurs capacités industrielles.

Le constructeur allemand Volkswagen étudie notamment l’avenir de plusieurs de ses usines en Allemagne, après avoir déjà arrêté certaines productions ces derniers mois. Le groupe a également annoncé d’importantes suppressions de postes dans le cadre de son plan de transformation.

De son côté, Stellantis prévoit de diminuer sa capacité de production européenne d’environ 800 000 véhicules. Mercedes-Benz et BMW suivent également cette tendance en ajustant progressivement leurs volumes de fabrication face au ralentissement du marché.

Les constructeurs généralistes apparaissent comme les plus exposés, avec un taux moyen d’utilisation des usines inférieur à 60 %, tandis que les marques premium résistent légèrement mieux, sans toutefois échapper à la baisse de la production.

Une crise qui dépasse la pandémie

Pour le BCG, les difficultés actuelles ne sont plus uniquement liées aux conséquences de la crise sanitaire. Avant la pandémie, les constructeurs avaient dimensionné leurs outils industriels en anticipant un marché mondial dépassant les 100 millions de véhicules par an. Or, la demande devrait désormais se stabiliser autour de 90 millions d’unités, créant un excédent durable de capacités.

Les projections du cabinet indiquent que les usines européennes pourraient rester utilisées à moins de 60 % de leurs capacités jusqu’à la fin de la décennie, renforçant la nécessité d’une réorganisation du secteur.

Diversification et défense : des solutions encore limitées

Afin d’éviter des fermetures, plusieurs industriels explorent de nouvelles pistes. Certains envisagent de convertir une partie de leurs sites à la fabrication de composants automobiles, comme les batteries ou les essieux. Des partenariats avec des constructeurs chinois sont également étudiés pour mieux utiliser les capacités disponibles.

L’essor de l’industrie de la défense ouvre aussi de nouvelles perspectives. Plusieurs groupes automobiles examinent la possibilité d’accueillir des productions liées aux équipements militaires, tandis qu’en France, Renault a déjà noué des partenariats pour fabriquer des drones.

Ces débouchés restent toutefois insuffisants pour absorber l’ensemble des surcapacités du secteur. Les volumes produits dans la défense demeurent très inférieurs à ceux de l’automobile, ce qui limite leur capacité à compenser la baisse durable de la demande de véhicules.

Selon les experts, les sites affichant les coûts de production les plus élevés ou les niveaux de performance les plus faibles, notamment en Allemagne et en France, pourraient être les premiers concernés par les restructurations à venir. Les ajustements devraient passer par des réductions d’équipes, des transferts de production ou, dans certains cas, des fermetures d’usines.

IA : les PME accélèrent leur transformation marketing

Longtemps réservée aux grandes entreprises, l’intelligence artificielle s’impose désormais dans le quotidien des petites et moyennes entreprises. Gestion des réseaux sociaux, création de contenus, prospection commerciale ou encore analyse de marché : les outils d’IA deviennent progressivement des alliés incontournables pour les équipes marketing disposant de moyens limités.

Cette évolution se confirme dans les chiffres. D’après le Baromètre France Num 2025, 26 % des très petites entreprises et 34 % des PME françaises utilisent déjà des solutions basées sur l’intelligence artificielle. Une adoption portée notamment par les besoins croissants en communication digitale et en relation client.

« Les métiers du marketing nécessitent une production importante de contenus, un domaine dans lequel l’intelligence artificielle se révèle particulièrement performante », souligne Matthieu Sabourin, dirigeant de l’agence de conseil Catalia, spécialisée dans l’accompagnement des PME dans leur transition numérique.

Pour de nombreuses structures, l’IA permet d’automatiser des tâches qui mobilisaient jusqu’ici un temps considérable. Publication sur les réseaux sociaux, rédaction de newsletters, qualification de prospects ou encore surveillance des tendances du marché peuvent désormais être réalisés en quelques minutes grâce à ces outils. Dans certains cas, ces missions étaient même laissées de côté faute de ressources humaines suffisantes.

Cette technologie représente également une opportunité stratégique pour les plus petites entreprises. Face à des concurrents parfois mieux dotés financièrement, elles peuvent s’appuyer sur leur souplesse organisationnelle pour adopter rapidement de nouveaux outils. « Les PME disposent souvent d’une capacité d’adaptation supérieure à celle des grands groupes lorsqu’il s’agit d’intégrer des solutions innovantes », estime Matthieu Sabourin.

Un défi majeur : exploiter les données de l’entreprise

Si les possibilités offertes par l’IA sont nombreuses, leur mise en œuvre repose sur un prérequis essentiel : la qualité des données disponibles. Or, dans beaucoup de PME, les informations utiles sont dispersées entre différents logiciels, fichiers ou bases documentaires.

« Les entreprises possèdent généralement les données nécessaires, mais elles peinent parfois à les identifier, les centraliser et les structurer », explique Maxime Doreau, président de la French Tech Bordeaux.

Avant même de déployer une solution d’intelligence artificielle, un important travail d’organisation est donc souvent nécessaire. Les données commerciales, marketing ou clients doivent être rassemblées et harmonisées afin de pouvoir être exploitées efficacement par les algorithmes.

Pour gagner du temps et sécuriser leurs investissements, certaines PME choisissent de faire appel à des prestataires spécialisés. Ces experts accompagnent les entreprises dans le choix des outils, l’intégration des données et le déploiement des solutions adaptées à leurs besoins.

Afin de faciliter cette démarche, la French Tech Bordeaux a développé une plateforme recensant différents cas d’usage de l’IA. L’outil permet également de mettre en relation les entreprises avec des fournisseurs de solutions spécialisées.

L’investissement varie fortement selon les projets envisagés. Les premiers déploiements peuvent débuter autour de 5 000 euros, tandis que les projets les plus complexes nécessitent des budgets de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

L’accompagnement humain, clé du succès

L’adoption de l’intelligence artificielle ne se limite toutefois pas à une question technologique. Elle implique également une évolution des pratiques de travail et une montée en compétences des collaborateurs.

La formation des salariés apparaît ainsi comme un enjeu central. Au-delà de l’apprentissage des outils, elle permet de sensibiliser les équipes aux bonnes pratiques et aux risques associés à l’utilisation de l’IA.

Les experts mettent notamment en garde contre le phénomène du « Shadow IA ». Cette expression désigne l’utilisation non encadrée d’outils grand public par les salariés dans le cadre de leurs missions professionnelles. Sans règles précises, certains collaborateurs peuvent être tentés de transmettre à ces plateformes des données confidentielles ou stratégiques, exposant ainsi l’entreprise à des risques de fuite d’informations.

Malgré ces défis, les spécialistes considèrent que l’inaction représente aujourd’hui le principal danger. Si certaines PME hésitent encore en raison d’incertitudes sur le retour sur investissement, les acteurs de l’écosystème numérique estiment que l’adoption progressive de l’IA devient incontournable.

Pour Maxime Doreau, l’enjeu dépasse la simple question de productivité. « Les entreprises qui repousseront trop longtemps cette transformation risquent de se retrouver en difficulté face à des concurrents plus rapides et plus innovants », avertit-il.

Dans un contexte économique marqué par une concurrence accrue et des exigences croissantes en matière de réactivité, l’intelligence artificielle s’impose ainsi comme un levier de compétitivité de plus en plus stratégique pour les PME françaises.

Détroit d’Ormuz : la réouverture du corridor pétrolier ravive les espoirs de reprise commerciale

Après plusieurs mois de fortes tensions dans le Golfe, le détroit d’Ormuz retrouve progressivement son activité. La signature d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran ouvre la voie à une reprise du trafic maritime dans ce passage stratégique par lequel transite habituellement une part considérable du commerce mondial d’hydrocarbures. Les autorités américaines ont déjà commencé à lever certaines restrictions, permettant à plusieurs navires marchands de reprendre leur route.

Le mémorandum conclu entre Washington et Téhéran prévoit notamment une réouverture progressive de la voie maritime ainsi qu’une réduction graduelle du blocus naval américain. De son côté, l’Iran s’est engagé à garantir la sécurité du passage des navires commerciaux pendant une période transitoire de 60 jours.

Des négociations reportées mais toujours décisives

Si l’accord marque une avancée diplomatique majeure, de nombreuses questions restent en suspens. Les discussions destinées à transformer ce protocole en accord définitif devaient initialement se tenir à Genève. Toutefois, leur calendrier a été revu, alors que les négociations devraient s’étaler sur une période pouvant atteindre 60 jours. Le vice-président américain JD Vance a indiqué que cette phase de négociation avait officiellement débuté jeudi.

Les pourparlers devront notamment aborder les questions les plus sensibles, parmi lesquelles l’avenir du programme nucléaire iranien, la levée progressive des sanctions économiques et les modalités de gouvernance future du détroit d’Ormuz.

Un soulagement pour les marchés, mais une région toujours instable

L’annonce de l’accord a été accueillie favorablement par les marchés de l’énergie, durement affectés par les perturbations du trafic maritime depuis le début du conflit. La fermeture partielle du détroit avait provoqué d’importantes tensions sur les approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz.

Pour autant, la situation sécuritaire demeure fragile. Les affrontements indirects entre les alliés régionaux de Téhéran et Israël continuent d’alimenter les inquiétudes. Des opérations militaires israéliennes visant des positions du Hezbollah dans le sud du Liban rappellent que la normalisation diplomatique entre Washington et Téhéran ne signifie pas encore la fin des tensions au Moyen-Orient.

Si la réouverture d’Ormuz constitue un signal positif pour le commerce mondial, la réussite des négociations à venir sera déterminante pour transformer cette trêve fragile en stabilité durable.

Nouvelle-Calédonie : après deux années de crise, l’économie montre enfin des signes d’amélioration

L’économie calédonienne cesse progressivement de s’enfoncer. Deux ans après les émeutes qui ont profondément déstabilisé le territoire, plusieurs indicateurs témoignent d’une amélioration timide de la situation. Dans sa dernière note de conjoncture publiée le 11 juin, l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM) évoque les prémices d’une reprise, sans pour autant parler de véritable rebond économique.

Les entreprises retrouvent peu à peu confiance, les ménages renouent avec certaines dépenses et les perspectives d’embauche redeviennent favorables. Autant de signaux encourageants qui laissent entrevoir une sortie progressive de crise.

Un climat des affaires presque revenu à la normale

L’un des enseignements majeurs du rapport concerne l’évolution de l’indicateur du climat des affaires (ICA), qui mesure le moral des chefs d’entreprise et leur perception de la conjoncture économique.

Au premier trimestre 2026, cet indicateur progresse de 2,7 points pour atteindre 99,3, se rapprochant ainsi de sa moyenne historique fixée à 100. Cette amélioration repose sur les réponses d’environ 200 dirigeants interrogés au mois d’avril.

Pour Fabrice Dufresne, directeur de l’IEOM en Nouvelle-Calédonie, cette évolution constitue un signal positif. Le contexte politique récent, marqué notamment par les débats autour du projet de loi constitutionnelle finalement abandonné, pouvait laisser craindre une dégradation du moral des entrepreneurs. Or, les résultats montrent au contraire une perception plus favorable de l’activité.

Un marché de l’emploi qui se stabilise

Après plusieurs trimestres particulièrement difficiles, le marché du travail semble également sortir de sa spirale négative. Les destructions d’emplois observées depuis les émeutes de mai 2024 ralentissent nettement.

Les pertes enregistrées dans le secteur privé, qui atteignaient encore 15,4 % au premier trimestre 2025, se sont progressivement réduites au fil des mois pour tomber à 0,9 % au dernier trimestre de l’année. Si l’emploi ne repart pas franchement à la hausse, l’hémorragie paraît désormais contenue.

Fait notable, les entreprises interrogées anticipent une amélioration de leurs besoins en main-d’œuvre. Les intentions d’embauche redeviennent positives pour la première fois depuis 2023.

Les ménages recommencent à consommer

L’étude met également en évidence une reprise progressive de la consommation. Les Calédoniens semblent retrouver une certaine confiance, malgré un contexte toujours fragile.

Les paiements et retraits effectués par carte bancaire progressent ainsi de 3,5 % sur un an. Les crédits à la consommation enregistrent une hausse de 10,9 % sur un trimestre, tandis que les immatriculations de véhicules neufs bondissent de près de 35 % par rapport au début de l’année précédente.

Ces données traduisent un retour progressif des dépenses de la vie courante et des achats plus importants, souvent reportés pendant les périodes d’incertitude.

Le nickel et le tourisme retrouvent des couleurs

Plusieurs secteurs stratégiques affichent également des résultats encourageants.

Pilier historique de l’économie locale, la filière nickel bénéficie notamment de la réouverture de certains sites miniers. L’extraction progresse de 5,1 % sur un an, tandis que la production métallurgique augmente de 1,8 %.

Le tourisme montre lui aussi des signes de redressement. Au cours du premier trimestre 2026, la Nouvelle-Calédonie a accueilli 14 062 visiteurs, soit une hausse de 45,4 % par rapport à la même période en 2025. Une dynamique qui témoigne du retour progressif des voyageurs après plusieurs années particulièrement mouvementées.

Une reprise encore très fragile

Malgré ces évolutions favorables, l’IEOM appelle à la prudence. Pour son directeur, il serait prématuré de parler de relance économique.

Les indicateurs traduisent davantage un « frémissement » qu’un véritable rebond. L’activité reste loin des niveaux observés avant les événements de 2024 et de nombreux secteurs demeurent en difficulté.

Le bâtiment et les travaux publics illustrent cette fragilité persistante. Historiquement moteur de l’emploi local, le secteur continue de traverser une crise profonde, avec des ventes de ciment toujours au plus bas.

L’emploi reste également très dégradé. Fin 2025, la Nouvelle-Calédonie comptait moins de 55 000 emplois, soit environ 13 000 de moins qu’en 2023.

Des ménages toujours sous pression

Si les consommateurs semblent reprendre confiance, les difficultés financières continuent néanmoins de s’accentuer pour une partie de la population.

Les incidents de remboursement de crédits ont progressé de 19,8 % sur un an. Dans le même temps, le nombre de dossiers de surendettement déposés auprès de l’IEOM a augmenté de 23,7 %.

Autrement dit, derrière les premiers signes d’amélioration, de nombreux foyers restent fragilisés par les conséquences économiques et sociales des deux dernières années.

L’économie calédonienne semble ainsi avoir cessé sa chute, mais le chemin vers un véritable retour à la normale s’annonce encore long. Entre regain de confiance et vulnérabilités persistantes, le territoire entre dans une phase décisive où la consolidation de cette reprise naissante constituera l’un des principaux défis des mois à venir.

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