Johnson & Johnson se cherche un second souffle

L’entreprise centenaire spécialisée dans les soins de santé va séparer sa branche pharmaceutique de celle dédiée aux produits de grande consommation. Elle s’inscrit dans une tendance consistant pour les vieux conglomérats à promouvoir leur poule aux œufs d’or afin de séduire le marché.

C’est un changement majeur dans l’histoire de Johnson & Johnson (J&J). Après plus de 130 ans d’histoires jalonnées d’autant de succès que de couacs, l’entreprise américaine a décidé, vendredi 12 novembre, de se scinder en deux groupes distincts. Il devrait y avoir au terme du processus dont la durée a été estimée à deux ans au maximum, deux sociétés certes dépendantes de la même maison-mère, mais promouvant différentes activités.

Il s’agit d’un côté des produits de grande consommation tels que les pansements et les crèmes corporels ; et de l’autre, des produits pharmaceutiques et des matériels médicaux, dont le vaccin. La société prévue pour ces derniers produits va garder la dénomination Johnson & Johnson, selon l’annonce de la firme basée dans le New Jersey.

Se décharger des poids morts

Le patron de l’entreprise, Alex Gorsky, plaide une volonté de transformation destinée à servir convenablement les consommateurs pour justifier ce morcellement nouveau, mais pas du tout inédit dans l’univers des mastodontes à travers le monde. D’ailleurs, deux autres géants industriels, dont General Electric et Toshiba annonçaient leur intention d’emprunter la même voie que J&J la semaine écoulée. Il y a quelques années, Pfizer, Merck et GSK entre autres annonçaient également la division de certaines de leurs activités respectives.

La tendance qui s’empare de plus en plus des grandes entités cotées en bourse s’explique, à en croire les spécialistes, dans une stratégie globale destinée à rassurer les marchés qui, faut-il le rappeler, n’ont d’intérêts que pour les moteurs de croissance. De fait, les poids morts sont, à défaut d’être tout simplement sacrifiés, quelque peu délaissés par les conglomérats. Avec l’objectif de mettre en avant leur vache à lait.

Réussites et déboires

Dans le cas de J&J, la manœuvre consistera à faire en sorte que les lumières soient davantage braquées sur sa branche pharmaceutique, désormais son principal atout. En témoignent les 77 milliards de dollars de chiffre d’affaires qui y sont attendus cette année. C’est cinq fois moins que les résultats de l’autre groupe à naître. Et pourtant, ses produits grand public dont les pansements notamment, ont longtemps constitué un motif de fierté pour l’entreprise. Jusqu’à l’éclatement ces dernières années de scandales concernant la dangerosité de son talc pour bébé et de ses opiacés analgésiques entre autres.

Chine : Tencent contraint de se plier en quatre pour exister

Le géant des jeux vidéo feint l’optimisme après un troisième trimestre de l’année pourtant très peu reluisant économiquement. La conséquence de la nouvelle emprise de l’État chinois sur les acteurs de l’internet en général.

Il refuse de se lamenter malgré le contexte qui s’y prête. À la présentation des résultats trimestriels de son entreprise, mercredi 10 novembre, Martin Lau, patron de Tencent, s’est voulu rassurant à propos de ses perspectives d’avenir. « L’impact des nouvelles réglementations sur le secteur sera de moins en moins important, à mesure que les entreprises vont s’adapter », a notamment prophétisé l’homme d’affaires de 48 ans.

Les nouvelles règles en question concernent notamment la limitation à trois heures par semaine de l’accès des moins de 18 ans au jeu vidéo en Chine. Décrit comme addictif, le secteur des jeux en ligne est dans le collimateur des autorités depuis août. Il constitue une des victimes du durcissement de ton de Pékin à l’endroit des acteurs de la tech en général tantôt accusés d’abus de position dominante, tantôt d’atteinte à la libre-concurrence. Alibaba, Didi et bien d’autres se sont ainsi vus sanctionner récemment.

Activité en baisse

Quant à Tencent dont le célèbre jeu vidéo « Honor of Kings » revendique jusqu’à 100 millions d’utilisateurs, ces derniers mois ont servi à se faire violence pour répondre favorablement aux restrictions du gouvernement communiste. Il en est ainsi de plus de 200 autres acteurs du secteur, selon des informations dévoilées par le Wall Street Journal (WSJ) en septembre.

Conséquence, les données économiques du groupe sont en souffrance. Les chiffres égrenés par Martin Lau témoignent de 142,4 milliards de yuans de ventes, soit 19,2 milliards d’euros, pour la firme de Shenzhen au cours des trois derniers mois. Le bénéfice net s’établit à 5,3 milliards d’euros. Cela constitue bien une progression de 2,5% comparée à la même période il y a un an. Mais le ralentissement de l’activité est palpable quand on se réfère à la tendance depuis le début de l’année.

En fait, les 13% de croissance trimestrielle du chiffre d’affaires sont la plus faible enregistrée par le groupe depuis son entrée en Bourse il y a sept ans, selon Bloomberg. Conscient d’une nouvelle donne appelée à durer, Tencent s’emploie désormais à diversifier ses activités. Le métavers perçu comme une niche d’opportunité pour de nombreux géants du web est notamment exploré, selon le WSJ. Mais ce sera toujours selon les desiderata de Pékin. Autant dire que rien ne sera plus comme avant pour le groupe et ses pairs.

La Provence suscite des convoitises

Le quotidien marseillais par excellence va très probablement changer de main. Deux candidats au rachat des parts de son emblématique patron, Bernard Tapie, pour l’instant : Xavier Niel et la CMA-CGM.

C’était attendu depuis la mise sous liquidation judiciaire des affaires de Bernard Tapie en avril 2020. À moins d’une décision de justice favorable, le journal La Provence appartenant à 89% à l’ancien défunt dirigeant de l’Olympique de Marseille (OM) va changer de propriétaire dans les prochains mois. Et les manifestations d’intérêts ne manquent pas.

À en croire Le Figaro qui évoque la substance d’une réunion du conseil économique et social extraordinaire (CSE) tenue avec les salariés de l’entreprise de presse jeudi 21 octobre, deux entités ont jusqu’ici manifesté le souhait de racheter les parts de Tapie au sein de La Provence. Il s’agit de Xavier Niel à travers sa myriade de compagnies dans les médias français et de la Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime (CMA-CGM). Cette dernière estime notamment être en capacité de renforcer l’ancrage du journal dans la ville du Vieux-Port d’où il paraît quotidiennement, à en croire les propos d’un responsable toujours cité par Le Figaro.

Bataille d’enchères

Reste que le groupe maritime part avec un temps de retard dans la bataille d’enchères qui s’annonce. Et pour cause, son concurrent Xavier Niel est un nom bien connu de La Provence dont il est actionnaire à 11% via NJJ holding depuis 2019. Cette position lui confère nombre d’avantages selon les textes, dont un droit de préemption et une clause d’agrément en cas de potentielle nouvelle entrée au capital de l’entreprise de presse.

Le patron de Free dispose par ailleurs d’une grande connaissance de l’univers médiatique français en raison de ses multiples participations au sein de plusieurs titres dont le plus emblématique reste le journal Le Monde qu’il détient majoritairement via la société Le Monde Libre. L’enjeu pour l’homme d’affaires quinquagénaire à travers l’éventuelle reprise des parts de Tapie au sein de La Provence sera donc de consolider son emprise sur le groupe.

Fin d’un chapitre

Pour le journal en revanche, cela pourrait marquer la fin d’un chapitre ouvert en 2013 avec le rachat du titre par Bernard Tapie des mains de la famille Hersant. Depuis, l’entreprise a fait son bonhomme de chemin, se posant en quotidien de référence de la deuxième ville de France, fort d’un tirage de 75 000 exemplaires en moyenne et de ses rotatives très précieuses pour une large diffusion. Mais l’horizon du groupe a quelque peu vacillé ces derniers temps. Son siège avait notamment été cédé en début d’année au groupe immobilier Constructa pour 35 millions d’euros.

Amazon menacé de poursuite pénale par le Congrès

Le numéro 1 mondial du e-commerce récemment accusé de copier des articles vendus sur son site puis de favoriser leur mise en avant pourrait bien subir la foudre des élus américains.

Amazon userait-il de manœuvres peu recommandables afin de demeurer le gigantesque magasin électronique connu à ce jour ? À l’évidence oui. L’entreprise le nie, mais ce n’est pas la première fois que de telles accusations sont formulées à son encontre. La dernière en date émane de Reuters. Après analyse de milliers de documents obtenus de source interne, le pôle investigation de l’agence de presse britannique accuse la firme de Seattle dans un article fleuve publié sur son site internet le 13 octobre, de pratiques déloyales vis-à-vis des vendeurs utilisant sa plateforme.

Reuters cite explicitement le marché indien sur lequel Amazon propose des articles appartenant à l’origine à des détaillants mais qui reproduits à l’identique par ses soins. Mieux, ces contrefaçons sont propulsées sciemment par les algorithmes du e-commerçant, de telle sorte que le consommateur tombe là-dessus à la moindre recherche, toujours selon l’agence de presse. Cette dernière indique par ailleurs qu’au moins deux hauts cadres du groupe ont connaissance de ces faits qui remontent à 2016.

Mensonge

Comme en 2020 suite aux mêmes accusations de la part du Wall Street Journal (WSJ), Amazon a balayé du revers de la main les informations de Reuters, regrettant des allégations non-fondées. Son fondateur et patron à l’époque, Jeff Bezos, avait ainsi assuré sous serment devant le Congrès qu’une telle pratique allait à l’encontre de la politique de l’entreprise.

C’est justement pour cela que les présentes révélations suscitent le tollé outre-Atlantique. Car si elles étaient fondées, cela supposerait que le responsable de la vente électronique a menti aux législateurs américains l’année dernière, comme le soupçonne une lettre du comité judiciaire de la Chambre des représentants transmise à Amazon dimanche 17 octobre et dont Reuters a eu connaissance.

Ultimatum

Le courrier signé de cinq élus américains enjoints l’entreprise à fournir au plus tard le 1er novembre toutes les informations destinées à corroborer sa position antérieure sur le sort réservé aux données des vendeurs présents sur sa plateforme, au risque de subir une enquête pénale de la part du ministère de la Justice.

Au même moment, des commerçants indiens fulminent de colère depuis la mise au jour des informations de Reuters. Ils appellent le gouvernement à des mesures contre la plateforme américaine taxée de prédation.

La Californie devenue trop contraignante pour Tesla

Le magnat de l’immobilier déménage les usines principales de son entreprise de Fremont pour le Texas. Dernière illustration de la relation compliquée entre le milliardaire tempétueux et l’État pourtant prisé de la Silicon Valley.

Elon Musk ne fait décidément rien comme les autres. Alors que d’aucuns rêvent de s’y installer – en témoigne le nombre de grandes firmes de la tech présentes sur place –, le richissime homme d’affaires a décidé de quitter la Californie, selon ses propres propos jeudi 7 octobre à l’assemblée générale annuelle des actionnaires de son entreprise de véhicules électriques, Tesla. Cette dernière en l’occurrence va faire déménager son usine principale du Fremont vers le Texas, plus précisément dans la ville d’Austin.

À en croire le constructeur automobile, il ne s’agit pas d’un départ définitif de la côte ouest car une augmentation de 50 % de la production de ses véhicules est prévue dans l’usine du Fremont et celle du Nevada voisine. Mais la ville californienne à l’instar de l’ensemble de l’État, est devenue trop grande pour contenir tout le monde, fait savoir Elon Musk.

La si prisée Californie

Avec ses 39 millions d’habitants, la Californie est en effet le plus peuplé État des États-Unis, mais également l’un des plus progressistes en raison de son penchant démocrate. Il est par ailleurs connu pour abriter la prestigieuse Silicon Valley où fourmillent mille et une entreprises technologiques dont certaines parmi les plus réputées au monde telles que Facebook, Google, Nvidia entre autres.

Mais c’est également un État très strict à propos des impôts et des mesures de lutte anti-Covid notamment. Elon Musk s’est à plusieurs reprises froissé avec les autorités fédérales à ce sujet récemment. Le constructeur automobile reprochait en mai 2020 aux autorités de l’empêcher de rouvrir son entreprise à cause des restrictions sanitaires alors en vigueur. L’épisode très médiatisé, grâce à Twitter notamment, était marqué par la menace de l’homme d’affaires de délocaliser son entreprise.

Bienvenue au Texas

Le milliardaire qui ne réside plus en Californie depuis la fin de l’année écoulée, va donc passer à l’action en faisant déménager son activité. Tesla devrait bénéficier au Texas d’une législation souple en matière de fiscalité, contrairement au modèle californien. Même si l’État du sud n’a pas bonne presse en ce moment à cause de sa position anti-avortement qui traduit la politique ultra-conservatrice de ses autorités fédérales. Elon Musk n’est toutefois pas le seul à ne pas s’en préoccuper. Oracle et Hewlett-Packard Enterprise ont suivi la même voie récemment.

Le Royaume-Uni à court de main-d’œuvre

Le gouvernement britannique oppose l’octroi des visas de travail temporaires à la crise économique que traverse le pays. Une conséquence des facteurs combinant du Brexit et de la pandémie du Covid-19.

Même si la comparaison paraît tirée par les cheveux selon nombre d’analystes, certains citoyens britanniques ne résistent pas à l’envie de convoquer les souvenirs de la grave crise de 1970 face à celle que vit le pays depuis plusieurs quelques semaines. Tant les similitudes sont nombreuses, entre les longues files d’attente dans les stations-service, la hausse des prix du carburant, les étagères vides dans les rayons de supermarchés, la crainte de l’inflation.

Cette situation préjudiciable à plusieurs pans de l’économie nationale est en tout cas suffisamment sérieuse pour mériter l’infléchissement de la politique migratoire du chef du gouvernement. Boris Johnson a en effet annoncé samedi 25 septembre, la délivrance de plus de dix mille visas de travail temporaire afin d’attirer de la main-d’œuvre. Valable durant les trois prochains mois, le précieux sésame sera principalement destiné à des secteurs stratégiques de l’économie, dont les chauffeurs étrangers, devenus un véritable luxe pour l’industrie de l’acheminement des marchandises.

Le Brexit puis le Covid

La dernière étape du processus de Brexit en janvier a mis sens dessus dessous un marché du travail britannique déjà bien chancelant en raison de la crise du Coronavirus. Le nombre de citoyens de l’Union européenne parti du Royaume-Uni à l’occasion de cette pandémie sans jamais revenir à cause des nouvelles exigences de visa de travail est notamment estimé à 200 000. Cela signifie que les entreprises ne peuvent plus facilement pourvoir les postes vacants avec des embauches à l’étranger. Et cette incapacité laisse des trous béants dans plusieurs secteurs de l’économie. Celui du transport et de la logistique principalement dont les besoins sont estimés à 15 000 au moins pour un approvisionnement commercial conséquent d’ici la période de noël.

D’où le relatif scepticisme de certains face aux mesures annoncées par un Premier ministre plus que jamais sous pression face à la dure réalité des lendemains de la sortie de l’UE. Ruby McGregor-Smith, patronne de la Chambre de commerce britannique indique notamment que le nombre de visas promis est insuffisant. Quand des analystes estiment que les entreprises britanniques vont devoir, en plus de recruter à tour de bras, se montrer très compétitives au plan salarial pour attirer une main-d’œuvre très prisée dans une Europe post-pandémie. Plusieurs entrepôts du pays indiquent d’ores et déjà à Reuters avoir fait monter leur salaire de 30 % pour grossir les effectifs.

Bolloré en passe d’engloutir Lagardère

L’homme d’affaires breton va lancer une OPA sur le groupe détenant Europe 1 et Paris Match entre autres, dont il est déjà actionnaire majoritaire. Le succès de cette opération pourrait signer la fin de cette société familiale.

Vincent Bolloré a décidé d’enfoncer les derniers clous dans le cercueil de Lagardère. Le milliardaire à la fois magnat des médias, de l’édition et de la publicité va lancer une offre publique d’achat (OPA) sur le groupe propriétaire des Éditions Hachette, d’Europe 1 et de Paris Match d’ici décembre 2022. Dans la ligne de mire de l’homme d’affaires breton figure notamment les 18 % de part du fonds activiste Amber Capital pour lesquels il prévoit une enveloppe de 610 millions d’euros, soit un coût d’achat de 24% au-dessus du marché actuellement.

L’annonce faite le mercredi 15 septembre n’a pas vraiment surpris les observateurs. Tant tout y concourait ces derniers mois. Notamment avril et la mutation de Lagardère en une simple société anonyme. Son PDG et héritier de ce groupe familial, Arnaud Lagardère, perdait ainsi sa commandite, précieux bouclier mis en place par son père afin de préserver l’entreprise d’une OPA hostile malgré le statut d’actionnaire minoritaire de son patron. Cette situation était d’autant plus risquée qu’un prédateur du nom de Vincent Bolloré rôdait dans les parages. Le patron de Vivendi actionnaire majoritaire de la holding familiale avec 27% de part, a toujours eu des visées sur cette dernière.

Perte d’influence

Il va pouvoir réaliser son vieux rêve en cas d’aboutissement de l’OPA. À moins que les différentes autorités de la concurrence appelées à s’impliquer dans l’opération n’y opposent un non en raison d’une potentielle trop grande concentration dans certains secteurs d’activités économiques. Et pour cause, l’opération verrait Bolloré déjà propriétaire du roi de l’édition française Editis à travers Vivendi, s’emparer de Hachette, l’autre ogre de l’édition, détenue par Lagardère. La concentration pourrait aussi concerner le secteur des médias où Bolloré et Lagardère se partagent à eux deux six groupes médiatiques au moins.

Quoi qu’il en soit, cette OPA jugée par les différentes parties non-hostile, constitue le parachèvement de la perte d’influence d’Arnaud Lagardère sur le groupe qui porte son nom. Affaibli par des difficultés financières, le dirigeant sexagénaire s’est aliéné le soutien de la plupart de ses partenaires au capital de la holding, dont Amber Capital et Bernard Arnault. Vincent Bolloré tel un requin à la vue du sang n’avait donc qu’à achever sa proie de longue date.

Cryptomonnaie, le sport pour convertir les masses ?

Les devises virtuelles bien qu’enregistrant de nouveaux adeptes chaque jour, sont toujours en proie à l’hostilité des pouvoirs publics. Mais cela pourrait très vite changer grâce au concours du monde sportif.

Le bitcoin est désormais une monnaie légale au Salvador, MasterCard après Visa et PayPal, envisage de l’accepter pour ses transactions. Chaque nouveau jour avec son lot de nouveaux adhérents aux cryptomonnaies. Et pourtant, la perspective d’user d’une monnaie numérique au même titre que celle fiduciaire, reste encore très peu admise, voire exécrée par une large partie des gouvernants. De Paris à Washington, sans oublier Londres ou encore Bruxelles, la crainte vis-à-vis des devises virtuelles reste la même : une trop grande volatilité couplée à un manque de régulation préjudiciable au fonctionnement de l’économie, selon ses détracteurs. D’où le haro régulièrement lancé contre les acteurs du secteur dans les cercles décisionnaires.

Pour autant, les adeptes des cryptomonnaies ne désarment pas. Convaincus de tenir à travers ces devises numériques le moyen d’échange de demain, les crypto-fans rivalisent d’initiatives pour tenter de rallier le plus de monde possible à leur cause. À cet égard, l’univers du sport semble constituer pour eux un tremplin. C’est en tout cas ce que démontre la tendance en cours depuis quelques années.

La crypto à la mode

Au football, Lionel Messi vient de se voir rémunérer avec des fans tokens de Socios, entreprise émettrice de ces devises numériques spécialement dédiées aux fans du sport. Le même Socios est également présent sur les maillots des équipes comme la Juventus Turin ou Watford. En Italie, crypto.com vient d’être plébiscité parmi les sponsors officiels de la ligue de football. Aux États-Unis, la firme FTX totalise à elle seule des accords publicitaires d’un montant de 360 millions de dollars dans des domaines aussi variés que le basketball, le baseball et le esport.

Progressivement, les cryptomonnaies s’emparent d’un monde sportif jamais en marge d’une opportunité de se faire de l’argent. L’addiction de cet univers friand des gros investissements aux jeux d’argent en est une illustration. Les acteurs du sport sont toujours prêts à s’engager pour peu qu’il y ait au bout une promesse de gains. Et les ressources financières ne sont pas un problème pour les investisseurs en cryptodevises.  Ce dont ils ont besoin eux, c’est d’arriver à élargir suffisamment leur base afin que les monnaies virtuelles poursuivent leur trajectoire ascendante de ces derniers mois. Il naît dès lors un mariage de raison entre les deux acteurs. Jusqu’à quand ?

Samsung, une reprise post-Covid très ambitieuse

Le constructeur sud-coréen annonce un investissement massif de 205 milliards de dollars dans les trois prochaines années. Objectif : se positionner comme un acteur clé dans les technologies de pointe une fois la fin de la crise du Coronavirus.

L’épée de Damoclès sur son patron Lee Jae-yong en Corée du Sud ne ternit pas les ambitions de Samsung. Au contraire, le constructeur électronique semble reprendre du poil de la bête. En témoigne son plan d’investissement récemment dévoilé. Il prévoit de mettre une enveloppe de 205 milliards de dollars durant les trois prochaines années dans des secteurs clés et à fort potentiel tels que : les semi-conducteurs, les télécoms, la robotique et même la biotech dans laquelle Samsung est un acteur important.

Cette expansion doit partir de la base, selon la société qui prévoit d’investir 75% des 171 milliards de dollars déjà disponibles en Corée. Ce qui devrait déboucher sur la création de 10 000 nouveaux emplois.

Secteurs stratégiques

Les ambitions de Samsung englobent plusieurs domaines à la fois. Mais tous n’ont pas la même importance stratégique. Deux particulièrement se détachent dans ce contexte de crise épidémique mondiale.

D’abord le secteur des semi-conducteurs dont la firme est déjà un des plus grands acteurs. Avec la crise du Covid, ces puces essentielles dans la construction des appareils électroniques sont devenues rares en raison des problèmes d’approvisionnement dans les principaux pays fournisseurs. C’est dans ce contexte que Samsung avait annoncé il y a trois mois un financement de 174 milliards de dollars pour renforcer sa position dans ce domaine. Par ailleurs, les bruits d’un possible rachat de l’Européen NXP semiconductors par le Sud-Coréen se font insistants.

L’autre point clé des investissements annoncés par Samsung concerne la biopharmacie. La société prévoit grâce à ses filiales Samsung Biologics et Samsung Bioepisit, de faire une percée dans ce domaine. Sa prochaine collaboration avec la firme Moderna pour la production de vaccins anti-Coronavirus en est une preuve.

Un patron en disgrâce

On ignore à quel point la récente remise en liberté conditionnelle de son patron Lee Jae-yong a pu peser dans ce plan de Samsung. D’autant que s’il n’est plus incarcéré, l’héritier du conglomérat sud-coréen reste frappé d’une interdiction d’exercer ses fonctions de vice-président pendant cinq ans. On sait en revanche que son incarcération à 18 mois de prison (dont la moitié purgée) avait été un coup dur pour l’entreprise. Les médias locaux indiquaient notamment que plusieurs décisions stratégiques avaient été reportées.

Il semble que la libération de Lee Jae-yong le 15 août dernier ait fait accélérer les ambitions du groupe.

L’énorme coup du fan token grâce à Messi

La cryptomonnaie des fans de sports a contribué au paiement d’une partie du transfert du sextuple Ballon d’Or par son nouveau club, le PSG. De quoi booster la notoriété de cette monnaie virtuelle déjà adoptée par plusieurs grandes écuries européennes.

Lionel Messi est officiellement devenu depuis sa signature à Paris, le premier joueur de football au monde à recevoir une rémunération en fans tokens. L’information d’abord dévoilée en exclusivité par l’agence Reuters le 12 août dernier a été confirmée par le club francilien dans un communiqué tard le même jour.

Plusieurs sources croient savoir que c’est une partie du montant de la prime à la signature de l’ancien numéro 10 du FC Barcelone estimée à 25 millions d’euros nets selon les médias dont les plus crédibles, qui a été versé au joueur en fans tokens. Impossible toutefois de savoir dans quelle proportion cela a été réalisé. Le club francilien n’ayant guère communiqué sur le sujet.

Droit de regard

Les fans tokens sont un type de cryptomonnaie dans la même lignée que le bitcoin ou le dogecoin, deux des plus célèbres monnaies numériques du marché. De ce point de vue, elles servent à effectuer toutes les transactions possibles avec la monnaie fiduciaire. Mais leur but premier n’est pas celui-là. Créés par l’entreprise Socios, les fans tokens sont d’abord destinés comme leur nom l’indique, aux fans sportifs. L’acquisition de ces jetons offre à son propriétaire un droit de regard sur certains aspects de son club. Il peut s’agir par exemple de voter pour le meilleur but de la saison ou de se prononcer sur le choix du meilleur joueur de la saison. Un droit de regard sur des aspects plutôt mineurs donc, mais qui contribue à raffermir les liens entre le club et ses supporters.

Les fans tokens permettent également d’acquérir des cartes à l’effigie des joueurs en jetons non-fongibles (NFT en anglais), ces formes d’objet d’art numérique unique dont le marché est actuellement en plein essor.

L’effet Messi

Plusieurs clubs de football se sont à ce jour associés à Socios pour ses cryptomonnaies. C’est le cas de la Juventus, du FC Barcelone ou encore du PSG bien évidemment. Ce dernier, le plus ancien de cette liste non exhaustive, a d’ailleurs fait bondir de 150% la valeur de ses tokens avec l’arrivée de Lionel Messi dans la capitale parisienne. Un regain de forme spectaculaire pour une monnaie en petite forme ces derniers mois. Les spéculations, caractéristiques de ces devises virtuelles, vont bon train.

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